Histoires de foot

Liverpool, l’année où la malédiction s’arrête

Le derby d'Angleterre, simple formalité pour les Reds dans leur reconquête du titre après 30 ans de disette? Tout indique que oui, pourtant le sort s'acharne invraisemblablement contre Liverpool depuis bien trop d'années...

Le 5 mai s’achève officiellement la saison 1989-1990 du championnat d’Angleterre sur un nouveau titre de Liverpool. Depuis plus rien, le trou noir. Situation d’autant plus insupportable pour les supporters des Reds qu’ils ont vu avec envie et mépris leur rival de Manchester United engranger 13 Premier League depuis lors, et leur passer devant au nombre total de sacres (20 à 18). A l’occasion du derby entre les éternels rivaux de Premier League ce dimanche à 17h se présente une occasion unique de revenir sur les 30 ans de disette du club de la Mersey. Disette qui s’achèvera le 17 mai 2020 avec le 19ème titre, du moins toutes les planètes semblent s’aligner dans cette direction.

Une disette en championnat, mais un palmarès qui continue de se garnir

Avant toute chose, rendons aux hommes en rouge ce qui leur est dû. S’ils n’ont pas réussi à mettre la main sur la Premier League depuis 30 ans, les Reds ne s’en sont pas laissés compter et se sont forgés un palmarès sur lequel ne cracherait pas bon nombre d’équipes européennes. Avec deux Ligues des Champions glanées en 2005 et 2019, une coupe de l’UEFA en 2001, trois FA Cup en 1992, 2001 et 2006, et enfin 4 League Cup en 1995, 2001, 2003 et 2012, trophées auxquels on peut ajouter trois Super Coupe d’Europe en 2001, 2005 et 2019, Liverpool n’a pas de quoi rougir et a régulièrement su faire honneur à la place qui est la sienne, dans le gotha mondial des clubs de foot.

Il a fallu chercher dans les archives des archives pour trouver la trace d’un titre de champion des Reds

Pourtant, cela ne suffit pas à leurs supporters, la Premier League reste le Graal. Sa dimension ultra-compétitive en fait une référence et la remporter est considéré par beaucoup comme plus prestigieux que la tant convoitée Ligue des Champions. Surtout pour un club qui l’a remportée 10 fois entre 1975 et 1990. Pour un supporter, passer de club dominant à équipe incapable de gagner est difficile à avaler. Surtout que rien ne laissait présager un tel passage vide. Certes, à partir de 1992, date officielle de la création de la Premier League dans son format actuel, l’afflux d’argent dans le championnat anglais a eu pour conséquence de voir son niveau considérablement augmenter. Certains clubs aujourd’hui très puissants sont arrivés ou revenus au premier plan (Manchester United, Arsenal, Chelsea, Manchester City et dans une moindre mesure Tottenham). Que Liverpool ne soit plus en capacité de dominer comme ce fût le cas à la fin des années 1970 et durant les années 1980, c’est une chose, qu’il ne soit plus capable de remporter un championnat, c’en est une autre, presque impossible à expliquer.

Si on considère le terme stricto sensu, Liverpool n’a donc jamais remporté la Premier League, seulement son ancêtre. Alors quand son rival en remporte 13 dans le même temps, la dépression pointe le bout de son nez. Pour tous les amoureux du football nés à partir du milieu des années 1980, le club phare de Premier League des années 1990 et 2000, c’est Manchester United, sans contestation possible. Bien sûr, Manchester City et ses petrodollars d’Abu Dabhi ont pris le relai pour devenir le club anglais phare des années 2010, avec 4 titres en 2012, 2014, 2018 et 2019. Mais le vrai problème pour Liverpool se nomme bien évidemment Manchester United. Après avoir toisé pendant des décennies son rival du nord de l’Angleterre, les voilà contraints de s’incliner devant la puissance de l’équipe dirigée par Sir Alex Fergusson pendant 27 ans, une honte. Une humiliation dont le paroxysme est atteint en mai 2011, quand les Red Devils dépassent officiellement les Reds au nombre de titres de champion. La banderole déployée ce jour-là à Old Trafford signifiant que le meilleur club anglais de l’histoire venait de changer de nom, les supporters l’ont encore en travers de la gorge.

On a vu plus méchant comme banderole

La mystérieuse malédiction de Grobbelaar

30 ans sans remporter le moindre titre de champion, il n’en faut pas plus pour se demander si une malédiction ne s’abattrait pas sur Anfield. Certains en sont convaincus, c’est notamment le cas de l’ancien gardien zimbabwéen Bruce Grobbelaar, persuadé d’en être partie prenante. Récemment interviewé, il raconte sa version des faits. Un marabout se serait introduit sur la pelouse d’Anfield au début des années 1990 et aurait prononcé cette prophétie : « Si Grobbelaar ne travaille pas au club, alors Liverpool ne gagnera plus le titre ». Difficile à avaler, pourtant l’ancien portier y croit dur comme fer, et a d’ailleurs récupéré en 2018 un poste de représentation au sein du club. De quoi raviver pour de bon les espoirs de titre des Reds ? Rien n’est moins sûr, car il évoque une autre mission qu’il devrait mener à bien pour conjurer le sort : « Il faut aussi que je pisse sur les quatre poteaux des buts. J’ai uriné sur une des deux cages mais je me suis fait prendre. C’était en 2014, on est arrivé seconds. Si on ne gagne pas cette saison (ndlr : saison 2018-2019), c’est sûr, je descends à Anfield et je pisse sur les deux poteaux que j’ai loupés.». Liverpool ayant une nouvelle fois laissé filer le titre la saison passée, l’histoire ne dit pas encore si Grobbelaar a pu se faufiler sur la pelouse pour accomplir la cocasse mission dont il se sent investi.

Est-ce vraiment étonnant que ce type croit aux malédictions ?

Sans dire que l’on croit à cette mystérieuse malédiction, force est de constater que le sort s’acharne sur les Reds. Depuis 1990, Liverpool a terminé 10 fois sur le podium de Premier League, dont trois fois derrière l’ennemi juré de Manchester United, sans jamais parvenir à décrocher l’or. Pour enfoncer le clou, seules trois fois dans l’histoire de la Premier League l’équipe en tête à Noël n’est pas parvenu à terminer championne : Liverpool en 2008-2009, Liverpool en 2013-2014 et… Liverpool en 2018-2019, terminant à chaque fois à la seconde place.

Sans revenir en détail dessus, ces deux saisons 2013-2014 puis 2019-2019 semblent réellement frappées du sceau d’une malédiction. En 2013-2014 d’abord, quand l’un des joueurs les plus emblématiques du club, Steven Gerrard, a privé son équipe du titre à cause d’une glissade. Capitaine de l’équipe, ayant joué 17 années en professionnel dans son club formateur (de 1998 à 2015), s’il y en a bien un qui méritait de voir sa magnifique carrière récompensée par le gain d’une Premier League, c’est bien lui. L’histoire a voulu qu’il en soit le bourreau… intriguant. La saison dernière est sans nul doute encore plus incroyable, puisque les Reds n’ont pas terminé champion avec 97 points et une seule défaite de toute la saison. Jamais une équipe avec autant de points avaient raté le titre en Angleterre.

L’année de la délivrance

La tableau de la saison dernière ne doit néanmoins pas être noirci outre mesure puisque les hommes de Jürgen Klopp ont conquis l’Europe, remportant alors leur sixième coupe aux grandes oreilles. Avec un effectif complet où les qualités individuelles de chacun sont magnifiées par le technicien allemand, Liverpool peut enfin envisager, en mai 2020, 30 ans après le dernier titre de mettre un terme à la malédiction. Avec 8 victoires en 8 journées, les supporters ne pouvaient rêver meilleur départ et il fait déjà peu de doutes que Liverpool sera en tête à la trêve. Attention cependant à ne pas multiplier les matchs nuls pendant l’hiver comme ce fût le cas la saison passée, laissant le City de Guardiola grignoter petit à petit son retard et finalement s’imposer in-extremis. On ne vous raconte pas la hausse des ventes de Lexomil si Liverpool est en tête à la trêve mais se retrouve encore marron en fin de saison.

Cette quête se poursuit dès demain sur la pelouse d’Old Trafford où les Reds sont archi favoris. Leur rival est moribond, eux se comportent en rouleau compresseur. Privés de Paul Pogba, les chances des Red Devils semblent encore plus minces. Pourtant dans un derby, les vérités sont souvent mises de côté, seul le cœur parle et les hommes de Solskjear voudront montrer à leurs supporters qu’à défaut d’un talent phénoménal, ils en ont un gros. Rendez-vous demain pour le prochain épisode de la (re)conquête du titre par Liverpool, on en salive d’avance.

Ah l’humour anglais de Danny Mills…

À propos Robin

Le football, c'est comme un iceberg, si on ne le regarde qu'à travers le prisme des résultats, on n'en voit que les 15% émergés, et on en rate l'essentiel: le jeu, les histoires, la dramaturgie, la construction d'une victoire, les rapports de force qui se défont au cours d'un match. Bref, tout ce qui fait que le football n'est pas une passion mais bien plus que cela!

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