Histoires de foot

Et dire que l’Équipe de France n’aurait jamais dû se qualifier pour l’Euro 2000

Plus qu'un seul match à jouer et seule une combinaison de circonstances favorables permettrait aux Bleus de se qualifier pour l'Euro 2000. Il n'était néanmoins pas envisageable que les champions du monde manquent cet événement...

L’équipe de France reprend ce week-end sa route pour la qualification à l’Euro 2020. Pourtant favoris sur le papier, ce groupe de qualifications n’apparaît pas comme un long fleuve tranquille pour les hommes de Deschamps. Lorsque l’on trône sur le toit du monde, il est toujours difficile de repartir au charbon pour gagner son ticket pour la prochaine compétition. Et ce n’est pas la défaite logique en Turquie au mois de juin (0-2) qui nous fera dire le contraire. Cette situation n’est pas sans rappeler celle dans laquelle se trouvaient les Bleus il y a 20 ans, en 1999, lorsqu’ils sont passés à un poil de c** de ne pouvoir honorer leur statut de champion du monde pour le Championnat d’Europe 2000. Retour sur une campagne de qualification laborieuse dont le happy-end relève du miracle.

Le 9 octobre 1999, les hommes de Roger Lemerre s’apprêtent à affronter l’Islande lors de l’ultime rencontre de leur groupe de qualification pour l’Euro en Belgique et aux Pays-Bas. Avant ce match, les Bleus sont dans une position délicate puisqu’ils ne pointent qu’à la 3ème place du groupe derrière l’Ukraine et la Russie :

  1. Ukraine : 19 points (+10)
  2. Russie : 18 points (+10)
  3. France : 18 points (+6)

Un bref retour sur la règle pour se mettre les idées au clair : lors de cette campagne, les premiers de chaque groupe sont qualifiés directement, accompagnés du meilleur 2ème (ndlr : qui ne pouvait, avant ce dernier match, déjà plus être le 2ème du groupe de la France). Les autres deuxièmes s’affrontent lors d’un barrage aller-retour. Avant le match, la France n’est donc même pas en position de barragiste.

9 octobre 1999, France 3 – 2 Islande, merci Filiponov

Dans le même temps que ce France Islande décisif se déroule à 2 800 km de là un non moins décisif Russie Ukraine à Moscou. Un seul scénario qualifie directement l’équipe de France, une victoire sur l’Islande combinée à un match nul entre la Russie et l’Ukraine. Dans tout autre cas de figure, les français se retrouveraient au mieux barragistes, au pire éliminés.

Les Bleus parviennent à se dépatouiller tant bien que mal de l’Islande au Stade de France. Ils mènent 2-0 à la mi-temps suite à des buts de Dadasson contre son camp et Youri Djorkaeff, qui réalise un double petit pont avant de placer une frappe croisée au fond des filets de Kristinsson. Alors qu’ils avaient pourtant tout pour être sereins, les tricolores se prennent les pieds dans le tapis après le repos et se font rejoindre à 2-2. D’abord sur un magnifique coup-franc de Sverrinson, puis sur un pointu de Gunnarson qui profite d’une défense française étonnamment passive. Le salut des Bleus survient par celui qui était redescendu en espoirs depuis le mondial, David Trezeguet. Il signe son retour chez les A de la plus belle des façons, avec un but de renard sur un ballon repoussé par le gardien, à la 70ème minute. La France l’emporte et fait sa part du travail.

Thierry Rolland a dit que le but de Trezeguet était le plus important de sa carrière. Vraiment ?

Mais que se passe-t-il du côté de la Place Rouge ? Russes et Ukrainiens se neutralisent jusqu’au dernier quart d’heure. Alors quand Valery Karpin ouvre le score pour les russes à la 75ème minute, les carottes sont presque cuites pour les Bleus. Virtuellement qualifiés directement pour l’Euro 2000, les russes ne peuvent laisser échapper cette victoire. Le miracle se produisit. A la 87ème minute, sur un coup-franc aérien et peu puissant qu’il aurait dû capter tranquillement, Filiponov, le portier russe, se troue complètement et laisse la balle mourir au fond des filets.

Bons baisers de Russie

Un partout score final, la France se qualifie directement, l’Ukraine est en barrage et la Russie éliminée. Avec cette bourde la Russie a tout perdu en deux minutes. Il ne faut donc jamais oublier que les français doivent leur qualification à l’Euro 2000 à un coup du sort. Sans cela, ils n’auraient certainement jamais vu Bruxelles et Rotterdam, et la génération 1998 – 2000 aurait vu sa légende amputée de moitié.

Mais comment les Bleus en sont-ils arrivés à espérer un hypothétique match nul entre russes et ukrainiens pour espérer se qualifier ? Revenons un peu plus d’un an en arrière, le 5 septembre 1998. A peine auréolée de la plus prestigieuse des compétitions mondiales, l’équipe de France doit déjà penser à gagner sa place pour le prochain Championnat d’Europe des Nations. Les Bleus figurent dans le groupe 4, aux côtés de l’Ukraine, la Russie, l’Islande, l’Arménie et l’Andorre. Ce groupe semble à la portée des champions du monde. Ce qui les attend n’a néanmoins rien d’une promenade de santé.

5 septembre 1998, Islande 1 – 1 France, des débuts piano piano

C’est à Reykjavik que débute la campagne de qualification. Dans une enceinte huit fois plus petite que le Stade de France, les Bleus sont privés de leur charnière centrale, Laurent Blanc et Marcel Desailly, tous deux suspendus suite à leur expulsion durant le mondial. A la 33ème minute, Barthez se déchire sur un coup franc islandais qui permet à Dadasson d’ouvrir le score; le piège semble inévitable. Heureusement, la France recolle vite au score grâce à un numéro de soliste de son numéro 10 désormais superstar, qui centre en retrait pour Pires qui trouve le poteau avant que Dugarry ne pousse la balle au fond. En seconde mi-temps, les Bleus poussent -Djorkaeff trouve la transversale- mais ne parviennent pas à forcer le verrou. C’est un début mi-figue, mi-raisin

Barthez à l’abordage ? Raté…

10 octobre 1998, Russie 2 – 3 France, les Bleus jouent à se faire peur

Deuxième match et deuxième déplacement pour nos champions de monde… et c’est loin d’être un cadeau car c’est au Luzhniki Stadion que les Russes comptent bien s’offrir le scalp des français. Craignant l’adversaire, les hommes de Roger Lemerre démarrent la rencontre avec sérieux et sous l’impulsion d’un Robert Pires des grands soirs prennent rapidement le large et mènent 2-0 au bout d’une demi-heure, avec des buts d’Anelka à la 13ème et Pires à la 29ème. Les Bleus n’échappent pas au traditionnel relâchement et encaissent un but juste avant la mi-temps, marqué par le parisien de l’époque, Igor Yanovski. Les Russes, évidemment boostés par cette réduction de l’écart, reprennent la 2ème mi-temps tambour battant face à des Bleus amorphes. Ce qui devait arriver arriva, Mostovoi remet les deux équipes à égalité d’un maître coup-franc qui trompe Bernard Lama, titulaire d’un soir. Il faudra attendre les dix dernières minutes et une énième accélération de Robert Pires pour permettre à l’entrant Boghossian de pousser la balle au fond des filets et donner la victoire aux Bleus. L’essentiel est sauf, les voilà lancés dans ce groupe 4.

Anelka, le début des promesses

14 octobre 1998, France 2 – 0 Andorre, avec sérieux

Les Bleus mettent une mi-temps à faire sauter le verrou d’une équipe arménienne très regroupée et qui ne lâche rien. C’est chose faite dans le premier quart d’heure de la seconde mi-temps, par l’intermédiaire de Djorkaeff à la 53ème et Candela à la 59ème, qui inscrit à cette occasion son premier but en sélection. Sans fioritures, les Bleus terminent l’année 1998 par une victoire, encore heureux !

Candela, quand l’ambianceur devient buteur

27 mars 1999, France 0 – 0 Ukraine, mais où est passé l’esprit de Wembley ?

Les Bleus ont-ils pris l’Ukraine à la légère ? Auraient-ils tendance à se sublimer face aux grosses équipes ? L’hypothèse tient la route tant le récital des français lors du match amical contre l’Angleterre à Wembley un mois et demi plus tôt semble lointain. Ce sont des Bleus sans génie qui ne trouve pas l’ouverture face à une défense ukrainienne à qui revient une bonne partie du mérite. Pas encore de quoi s’alarmer, mais une victoire à domicile pour débuter l’année aurait été la bienvenue.

Muet comme un ukrainien

31 mars 1999, France 2 – 0 Arménie, Wiltord était pressé

Quatre jours plus tard, toujours au Stade de France, les Bleus commencent fort et le néo-international Sylvain Wiltord ouvre son compteur but dès la 2ème minute après un bon travail de Nicolas Anelka. Dans le temps additionnel de la première mi-temps, Christophe Dugarry pousse dans le but un ballon qui lui revient dessus suite à une tête sur la barre de Laurent Blanc. L’affaire est pliée, les Bleus sont premiers du groupe, rendez-vous au mois de juin pour faire un pas de plus vers la qualification.

Wiltord, la définition même de voler un but à son pote. On r’met ça ??

5 juin 1999, France 2 – 3 Russie, les champions du monde à terre

Première défaite depuis son sacre mondial pour l’équipe de France et première défaite en match officiel depuis le terrible France Bulgarie de 1993 (ndlr : la France ayant été éliminée en demi-finale de l’Euro 1996 aux tirs au but contre la République Tchèque, ce match est officiellement considéré comme un match nul). Les Bleus balbutient leur football en première mi-temps, passent leur temps à balancer des ballons loin devant. C’est logiquement que les russes rentrent aux vestiaires avec un but d’avance, inscrit par Panov à la 38ème minute. Les Bleus passent la vitesse supérieure en début de seconde mi-temps, Emmanuel Petit égalise sur coup-franc à la 48ème et Wiltord donne l’avantage aux siens à la 53ème. Les russes reprennent petit à petit le dessus sur le match et crucifient les Bleus dans le dernier quart d’heure. Le doublé pour Panov à la 75ème et le milieu du Celta Vigo Karpin à la 87ème offrent un succès de prestige à la Russie. Les français glissent à la 3ème place du groupe, derrière l’Ukraine et l’Islande. Ils ne sont à l’heure actuelle plus qualifiés pour l’Euro et cela n’augure rien de bon alors qu’un déplacement périlleux à Kiev s’annonce pour le début du mois de septembre.

Karpin les Bleus

9 juin 1999, Andorre 0 – France 1, sur un fil

C’est à Barcelone, dans un stade olympique de Montjuic quasi vide que l’Andorre accueille l’équipe de France. Face à l’équipe la plus faible du groupe, les Français éprouvent les pires difficultés à se créer des occasions. Privés de Zidane et Djorkaeff, les Bleus comptent sur Dhorassoo et Dugarry pour animer leur attaque. Hélas, ce dernier est expulsé dès la 24ème minute pour avoir secoué un andorran après un contact dans la surface qui aurait pu valoir un penalty. Ce sont donc dix français qui vont se heurter tout le match à une défense recroquevillée dans ses 30 mètres. Alors qu’on se dirige vers un piteux 0-0, les Bleus obtiennent à la 86ème minute un penalty qu’ils n’espéraient plus. Frank Leboeuf le transforme et assure l’essentiel, les 3 points (sic). Rendez-vous après l’été pour deux déplacements périlleux en Ukraine et en Arménie.

Vas y Franky, c’est bon

4 septembre 1999, Ukraine 0 – 0 France, un nul et c’est déjà pas mal

Pour espérer se qualifier directement, les Français doivent s’imposer en Ukraine. Au vu de la physionomie du match, ils ne s’en sortent déjà pas si mal avec le nul. Les Ukrainiens dominent globalement et le coup franc de Shevchenko rase le poteau d’un Fabien Barthez battu pour la meilleure occasion du match. Il ne reste que deux matchs à jouer et les Bleus ne sont plus maîtres de leur destin.

Un match bien bien nul

8 septembre 1999, Arménie 2 – 3 France, au bonheur de Youri

Match forcément particulier pour l’arménien d’origine, Youri Djorkaeff qui, peut-être encore sous le coup de l’émotion des hymnes, rate son face à face avec le gardien à la 6ème minute. Dans la foulée sur le contre, les français sont cueillis à froid lorsque Mikaelyan ouvre le score. Comme un symbole, c’est ce même Youri sur penalty qui remet les deux équipes à égalité avant la mi-temps. Le second acte est bien plus maîtrisé par les coéquipiers de Didier Deschamps qui se détachent à 2-1 par l’intermédiaire de Zidane à la 67ème puis 3-1 grâce à Laslandes à la 74ème. La réduction du score arménienne au bout du temps additionnel ne fait pas trembler les Bleus. La victoire était certes impérative mais les champions du monde se trouvent toujours dans une position plus qu’inconfortable alors qu’il ne reste qu’une seule rencontre. Troisième de la poule, ils sont devancés par l’Ukraine et la Russie, qui par chance s’affrontent lors du dernier match. La suite on la connaît.

Toi aussi tu l’avais oublié ce but de Laslandes hein

À propos Robin

Le football, c'est comme un iceberg, si on ne le regarde qu'à travers le prisme des résultats, on n'en voit que les 15% émergés, et on en rate l'essentiel: le jeu, les histoires, la dramaturgie, la construction d'une victoire, les rapports de force qui se défont au cours d'un match. Bref, tout ce qui fait que le football n'est pas une passion mais bien plus que cela!

1 comment on “Et dire que l’Équipe de France n’aurait jamais dû se qualifier pour l’Euro 2000

  1. Ping : #17 – 8 septembre 1999 – Euro 2000 – Qualifications – Penaltoche

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