Histoires de foot

Johan Micoud, le discret chef d’orchestre

Si l'on résiste à la tentation de le comparer à Zizou, on se rend compte que la carrière de Johan Micoud est pleine de réussites, de talent et même de trophées.

L’empreinte sur le foot français, le talent et la carrière réalisée suffisent à se rendre à l’évidence : Micoud,  « c’est pas Zizou » comme le dirait Saint Aimé Jacquet. Cela ne veut pas pour autant dire que Johan ne fût pas un meneur de premier plan avec une carrière et un vécu foot dont beaucoup rêveraient.

Les débuts cannois

Si l’on rembobine la carrière de Johan Micoud, impossible de ne pas trouver Zidane sur la bande. Les deux joueurs évoluent en effet au même poste et à l’AS Cannes (1992) comme aux Girondins (1996) d’ailleurs, les départs de Zizou coïncident avec les arrivées de Micoud. Et comme Johan est loin d’être mauvais, les comparaisons commencent à fleurir. Pourtant, il est essentiel de ne pas céder à la tentation de voir en lui le Salieri du Mozart Zizou.

Pied gauche ou pied droit, pas de problème

Tout commence sur la Côte d’Azur. Enfant de toujours de l’AS Cannes, il y passe pro en 1992 alors que le club évolue en D2. Durant sa première saison, les mauvais résultats s’enchaînent et Luis Fernandez, alors joueur, est nommé entraîneur. La magie opère immédiatement et au terme d’un match de barrage, l’AS Cannes réussit in extremis à retrouver la 1ère Division un an après l’avoir quittée. Dans cette équipe portée vers l’avant, Micoud se régale tout de suite et on loue assez vite ses facilités techniques. Il n’a pas encore 20 ans mais signe déjà une saison à plus de 40 matchs.

Nouvelle saison, nouveau miracle, l’AS Cannes finit 4ème de D1 et parvient à se qualifier pour la Coupe de l’UEFA. Au premier tour l’équipe s’offre même le luxe d’infliger une défaite record au club turc de Fenerbahce (9-1 sur l’ensemble des 2 matchs). Mais tôt ou tard, il fallait quitter le nid et continuer la progression que sa grande technique lui permettait. A l’été 1996, c’est du côté de la Gironde que Johan Micoud décide de poursuivre sa carrière.

Joueur français de premier plan

Dans une équipe qui cherche à se réinventer et qui vient de signer l’ancien Ballon d’Or Jean-Pierre Papin, Micoud va définitivement s’installer au premier plan du championnat de France. Ses deux premières saison sont réussies sur le plan individuel (meilleur passeur de D1 en 1997-1998 avec 13 caviars) mais frustrantes sur le plan collectif. En effet, malgré deux qualifications européennes, les marine et blanc échouent deux fois de suite en finale de Coupe de la Ligue face au RC Strasbourg et au PSG.

En 1998-1999, sous l’impulsion des Benarbia (joueur de l’année), Laslandes et Wiltord (meilleur buteur, 22 pions) l’équipe progresse fortement et les hommes d’Elie Baup jouent un football offensif dans lequel Micoud s’épanouit totalement. Celui-ci conclut la saison avec 12 buts, 8 passes et glane un titre de champion de France arraché au bout du bout du suspens à l’Olympique de Marseille grâce à un improbable but de Feindouno contre le PSG. Cette éclosion au plus haut niveau offrira au meneur de jeu la première de ses 17 sélections en Bleus en août de cette année 1999.

Si l'on arrive à résister à la tentation de le comparer à Zizou, on se rend compte que la carrière de Johan Micoud est pleine de réussite, de talent et même de trophée.
L’équipe type des Girondins champions de France 1998-1999

La saison 1999-2000 sera celle de ses débuts en Ligue des champions lors de laquelle Bordeaux sort d’un premier tour à sa portée avant d’échouer dans un groupe constitué de United, la Fiorentina et Valence. Pas assez forts, les Girondins quittent cette deuxième phase de groupe avec deux petits points. Y laissant des plumes, l’équipe ne réussit pas à faire mieux qu’une quatrième place. Mais peu importe pour Johan, l’expérience est là. A tel point que le sélectionneur Roger Lemerre le retient pour l’Euro 2000 que remportent les Bleus. Une belle petite prise pour l’armoire à trophées.

Passage à Parme et chef d’Orchestre à Brême

A 27 ans, Micoud est au top et décide de tenter une première expérience à l’étranger. Il rejoint Parme pour 7 millions d’euros et retrouve ainsi des camarades de sélections comme Boghossian ou Thuram. Sa première saison est pleine avec une petite quarantaine de matches et une contribution collective plus que correcte (8 buts, 8 passes). L’année d’après, en 2001-2002, il décroche une Coupe d’Italie mais doit subir la concurrence du japonais Nakata débarqué l’été précédent. Après une saison terne sur le plan personnelle (11 titularisations seulement), il décide d’exporter ses talents dans la ville-état de Brême, au Werder. Ce sera probablement la meilleure décision de sa carrière.

« Micoud m’a servi de modèle »

Toni Kroos à la cérémonie du Ballon d’Or 2015

Sous l’impulsion de Micoud, mais aussi de l’autre français Valérien Ismaël, les vert et blanc vont connaître ce qui est certainement la meilleure période de leur longue histoire (club fondé en 1899). Le cannois fait revenir toute la ferveur foot dans la région et devient une icône adulée encore aujourd’hui (notamment par Kroos). Après une première saison réussie et une qualification en Intertoto, la suivante va être un récital. Sous l’influence du trio Micoud-Klasnić-Ailton (meilleur buteur avec 28 réalisations), les joueurs de Thomas Schaaf vont chercher le quatrième titre de champion de l’histoire des Werderaner. Ils réussissent même le doublé après leur victoire en Coupe d’Allemagne contre Aix-la-Chapelle.

Cette harmonie brêmoise se poursuit pendant les trois exercices suivants où le Werder ne descend pas du podium, se qualifiant à chaque fois pour la Ligue des champions. Le « Chef Micoud », comme le surnomment les supporters du Weserstadion, aura régalé en Allemagne jusqu’en 2005-2006 et totalisé 47 buts et 55 passes en 170 matches. Ce qui fait de lui le troisième meilleur buteur français de l’histoire du championnat allemand. Rien que ça. En 2006, à 33 ans, il écoute le cœur et rentre à Bordeaux pour rendre de derniers services au club qui l’a révélé au plus haut niveau. Il en profitera pour attraper la Coupe de la Ligue qui l’avait fui dix ans auparavant. Il pourra toutefois avoir le regret d’avoir raté, l’année de sa retraite, le titre de champion gagné par les Girondins en 2009.

La vie, la vraie

Alors après une carrière aussi pleine (130 buts et 100 passes en carrière), Johan multiplie les projets. Tantôt producteur de musique, de vin avec son pote Matthieu Chalmé ou consultant sur la chaîne L’Équipe, il est revenu à son premier amour en prenant la présidence de l’AS Cannes. Son projet ? Faire remonter le club au plus haut niveau. Ce n’est peut-être pas le Real, mais tout de même, ça a de la gueule.

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