Culture foot

Dossier – Mother soccer : Transversale pour l’oncle Sam – 1/3

Alors que les Etats-Unis se sont une nouvelle fois qualifiés pour la finale de la Coupe du Monde féminine, mettons un coup de projecteur sur l'engouement croissant que suscite le football au pays de l'oncle Sam.

Longtemps réservé aux femmes et éclipsé par le foot US, le basket ou le hockey chez les garçons, le football (ou soccer) se fait un nid de plus en plus confortable outre-Atlantique. Certains auteurs justifient cet intérêt tardif des américains pour le football par une application de la théorie de « l’exceptionnalisme américain ». En effet, le patriotisme étant très présent chez l’Oncle Sam, peu de chances qu’il s’intéresse à un sport étranger. Toutefois, devant l’importance de ce sport au 21ème siècle, ses potentiels économique et politique, force est de constater qu’il ne peut que servir les intérêts de la première puissance mondiale.

La brebis galeuse du sport américain

Ramené au début des années 1930 en bateau par les immigrés transitant par Ellis Island, près de New York, le foot n’a pas réussi à séduire les américains au premier regard, c’est le moins que l’on puisse dire. La faute à la grande dépression diront certains, la faute surtout à des divergences de valeurs entre les deux parties.
En effet, le « soccer » (dérivé de « association football » : le football étant déjà réservé au football américain dès le 19ème siècle) ne suscite presque aucun engouement. Parce qu’il n’est pas américain, mais aussi parce qu’il n’est pas assez physique. On lui préfèrera des sports plus spectaculaires dans lesquels les contacts font partie du jeu.

Conséquence directe de ce désintérêt, les garçons les plus athlétiques se tournent vers le football américain, le basket-ball ou le hockey sur glace. Ce sont donc majoritairement les filles qui se tournent vers ce sport considéré comme pas assez « viril ». Ce constat explique logiquement une différence de niveau sur la scène internationale féminine. Alors que le football féminin européen commence à peine à décoller, les américaines sont nombreuses à pratiquer, et ce depuis des années. Elles dominent logiquement le game avec 3 titres de championnes du monde et 4 titres Olympiques. Les hommes quant à eux n’ont jamais été des grands fans de ballon rond.
Cercle vicieux de ce système : les carrières dans le football sont moins rémunératrices que dans les sports plus populaires : en terre américaine, terreau naturel et fertile du self made man où la réussite se mesure au nombre de dollars dans la poche, il s’agit bien évidemment d’un élément d’attractivité essentiel pour un jeune souhaitant s’orienter vers une carrière professionnelle.

Toutefois, on peut parier sur une sortie du cercle, notamment grâce à la notoriété grandissante du football aux Etats-Unis depuis l’avènement de la MLS et les succès deu jeu vidéo FIFA.

Un contexte propice au football

Les USA semblent aujourd’hui prêts à accueillir le football dans leur quotidien. Vu tous les dollars générés (droits TV en constante augmentation, merchandising et autres), il n’était plus envisageable pour la première puissance mondiale de continuer à ignorer le sport le plus populaire au monde.

Ce regain d’intérêt est passé notamment par un toilettage de la ligue américaine. Exit la poussiéreuse National American Soccer League datant de 1984 (qui n’aura existé que seize anns), bienvenue la Major League Soccer. Il serait néanmoins abusif d’attribuer tout le mérite de l’engouement naissant pour le soccer aux USA à la seule MLS. Même si Don Garber, son patron, déclare que « Ce championnat a été créé avec l’objectif de faire des États-Unis une vraie nation de football. Quand je vois où nous en sommes maintenant, on peut dire que nous avons réussi », d’autres éléments ont aidé au développement du football aux USA.

On peut citer notamment les jeux-vidéos. En effet, l’incontournable FIFA d’EA Sports a fortement contribué à la popularisation d’un sport qui ne bénéficiait pas d’une grande couverture médiatique. Bel engouement pour le jeu : il s’est classé dans le top 10 des ventes de jeux-vidéos aux USA en 2017. A tel point que la MLS a lancé sa ligue d’e-sport en 2018.

Même si on peut douter de la qualification de « pays de foot » pour les Etats-Unis, l’affluence en MLS est en progression constante : en 2018 le match opposant Atlanta à Seattle a réuni plus de 72 000 spectateurs. Sur les statistiques de la saison 2014-2015, on constate également que l’affluence moyenne aux Etats-Unis est supérieure à celle de la France : on assiste à un tournant dans l’histoire du football aux USA.

Ambiance dans un stade de soccer aux Etats-Unis
C’est la fierté de nos couleurs…

Vers un changement de paradigme 

Ce tournant se matérialise par la passation de pouvoir entre les filles et les garçons. Après de longues années de règne couronnées par trois titres de championnes du monde et quatre titres olympiques, elles sont de plus en plus exposées à la concurrence. Loin d’être hors-jeux, les championnes du monde en titre sont contraintes de faire face à la professionnalisation du football sur le vieux continent et notamment à la fuite de certaines de leurs joueuses vers les championnats européens. Elles devront batailler âprement pour ajouter une quatrième étoile à leurs tuniques en ce début de mois de juillet 2019

Du côté masculin, on constate un engouement de plus en plus fort pour le football. Ainsi, il se classe 4ème sport préféré des états-unien, avec 7% des votes à un seul point du baseball, alors qu’il ne récoltait que 2% des suffrages il y a dix ans. Plus intéressant encore, il arrive deuxième chez les 18-34 ans, à égalité avec le basket. Pour préparer leur avenir, les clubs américains vont même jusqu’à organiser des détections en Europe avec pour les garçons les plus talentueux, une place en université et une bourse d’étude à la clé.

ballon de football USA
Et pourtant je parie qu’il est made in China ce ballon

L’image de sport féminin collant au football est mise à mal aux Etats-Unis : les hommes se tournent de plus en plus vers le ballon rond. Après une non-qualification décevante pour le mondial 2018, les USA devront se racheter auprès d’un public toujours plus fervent en 2022, pour tenter de montrer qu’ils seront prêts pour l’édition 2026, en grande partie à la maison (ndlr; la Coupe du Monde 2016 sera coorganisée par le Mexique, le Canada et les Etats-Unis).

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