Histoires de foot

Daniele Rugani, la promesse éternelle

Daniele Rugani a déjà été coaché par Maurizio Sarri, nouvellement débarqué sur le banc de la Juve. Enfin une bonne nouvelle pour le défenseur central ou encore une façon de décevoir ?

Après quatre saisons passées à apprendre et à s’installer dans la rotation de la Juventus, la progression de Daniele Rugani soulève des questions : peut-il encore incarner le renouveau du football italien, à l’instar des Bernadeschi, Chiesa ou autre Barella ? Est-il encore la relève de la défense Azurra ou est-il condamné à être un éternel espoir ?

Un parcours de premier de la classe

Avec sa bouille de jeune premier, le défenseur central qui fêtera ses 25 ans cet été semblait pourtant promis à un avenir radieux. Plus jeune, il a déjà tout de l’élève modèle. C’est au Empoli FC, dès sa sixième bougie soufflée, que le Toscan apprend à taper dans la balle. Il y restera douze ans en passant par toutes les équipes de jeunes, intégrant également la Nazionale  dès les U17 en 2010. En 2012, son profil convainc la Juventus de l’acheter via le système (aujourd’hui disparu) de la copropriété avec Empoli. D’abord intégré à la Primavera où il passe un an, il en profite pour remporter la coupe d’Italie des U20, équivalent de notre Gambardella. La Vecchia Signora est alors sûre d’avoir touché le jackpot et tient son futur prodige. C’est sans se presser qu’elle laisse son diamant retourner se polir à Empoli pendant deux saisons.

Du temps d’Empoli

C’est donc dans son club formateur que Daniele découvre le foot pro. Maurizio Sarri en est alors le coach et va faire du jeune central son titulaire indiscutable ; il joue cette année-là 40 matches de Serie B et contribue à la remontée de son club dans l’élite du Calcio. Au passage, il attrape le trophée de meilleur joueur de l’année 2013/2014. Les promesses sont de nouveau tenues l’année suivante lors de laquelle il aide son club à se maintenir en première division. Il est même nommé dans l’équipe-type de l’année aux côtés notamment de Bonucci, Chiellini et Buffon. Tous les voyants sont au vert : il est désormais l’heure de rejoindre la Vieille Dame et d’y devenir incontournable.

De la hype…

La hype entourant le jeune joueur est alors à son paroxysme. Il ne tardera pas à s’installer et pour  longtemps dans la défense des blancs et noirs. De cela, toute l’Italie en est sûre. C’est que le gamin semble avoir tout pour lui. Élégant balle au pied, soucieux d’assurer de bonnes premières passes dans la relance, il compense certaines carences athlétiques par un sens du placement et de l’anticipation aiguisé. De plus, il est italien, travailleur et plutôt discret, ce qui ne laisse pas du tout indifférent dans un club à forte identité comme la Juve, contrainte de s’internationaliser de plus en plus. Le mariage entre le jeune homme et la Vieille Dame est décidément parfait.

De toute façon, Daniele a trop faim. Il a coché patiemment toutes les cases et intègre un top club européen qu’il connaît déjà et qui le connaît aussi, bien décidé à martyriser tous les attaquants qui oseraient se présenter à lui. D’autant plus qu’il pourra compter sur les tontons de la BBC pour lui apprendre le métier.

… à l’ombre du banc de touche

Mais voilà : Girogio, Andrea et Léonardo sont eux-aussi encore affamés. Rugani va devoir s’asseoir et assister depuis le banc au spectacle offert par l’un des trios défensifs les plus complets de l’histoire. Gloutons, ces trois-là ne laissent pas une miette à un Daniele qui redevient tout petit malgré son mètre quatre-vingt-dix. De plus, le désormais ex-coach Allegri a toujours eu du mal à lui faire confiance quand l’enjeu se présentait. Que la Juve se présente dans un système à trois ou quatre derrière, il n’a jamais été l’option préférentielle. Et même avec l’incartade milanaise de Bonucci, dans des conditions très particulières, Rugani a à peine plus joué, le Mister lui ayant préféré Benatia ou Barzagli.

Pas facile de s’imposer au milieu de tout ça…

Clairement, la progression de Rugani s’avère décevante et les critiques commencent à fuser. Pas assez bon tacleur, pas un mental de champion, pas assez guerrier, Ruga aurait peur de salir le short. Crack indiscutable il y a encore quelques saisons, il est véritablement en train de prendre du retard sur ses temps de passage. Comment juger son niveau si on réfère à un Raphaël Varane aux quatre Ligues des Champions, au vécu footbalistique d’un Marquinhos, ou à l’assurance dégagée par un Lenglet dans la défense du Barça ? Et que dire de la probable concurrence qui l’attend avec le prodige néerlandais Matthis De Ligt ? Le garçon n’a même pas 20 ans et a montré toutes les qualités fondamentales du défenseur moderne (leader, athlétique, excellent dans les duels, bon dans la relance, capable de marquer sur coup de pied arrêté…) pour mener une Ajax dont il était capitaine aux portes de la finale de la Ligue des Champions. Si on en voit bien un capable de se faire une place aux côté de Chiellini et Bonucci, voire prendre la place d’un des deux, c’est bien lui. Daniele se retrouverait alors, comme les dernières saisons, choix numéro 4 en défense centrale. Espérons pour lui que cette concurrence avec la pépite batave lui permette de passer un pallier, enfin.

La faute à un manque de confiance

Les saisons se suivent et se ressemblent pour Rugani depuis son arrivée définitive chez les Bianconeri à l’été 2015. Tous les ans, on se dit que cette fois c’est son année. On se rassure aussi en se disant que la maturation des défenseurs italiens est toujours plus longue et que tous ne peuvent être des Maldini. Et tous les ans, au moment de dresser le bilan, la même déception. Il assiste aux chocs depuis le banc et n’a jamais dépassé les 26 matches sur une saison. Difficile par ailleurs de lire les signaux souvent contradictoires envoyés par le board de la Juventus. Elle clame compter sur lui sur le long-terme (en atteste sa prolongation de contrat jusqu’en 2023) mais essaie dans le même temps de rafler de jeunes défenseurs centraux en Italie (le jeune Turc de Sassuolo Merih Demiral ou le central du Genoa Cristian Romero) et ailleurs, comme De Ligt pour lequel les négociations sont, semble-t-il, très avancées.

Fin  2016, au moment de sa prolongation, le président Andréa Agnelli déclarait ne pas imaginer le futur de la défense bianconera sans Rugani. La réalité semble pourtant donner un son de cloche assez différent. Alors certes Barzagli a raccroché les crampons et Chiellini n’en a jamais été aussi proche mais la concurrence proposée au natif de Lucques est toujours aussi forte. L’arrivée sur le banc de son ancien coach d’Empoli Maurizio Sarri pourrait le relancer et pourquoi pas le remettre sur les rails de la destinée exceptionnelle qu’on lui prédisait. Il se dit d’ailleurs que l’entraîneur avait même essayé de le recruter en arrivant aux commandes de Chelsea l’été dernier.

En tout état de cause, son futur immédiat se dessine tout de même du côté de Turin (attention toutefois, avec le mercato XXL que prépare la Juve, les bianconeri pourraient devoir vendre…). Il devra savoir gérer les exigences que l’ADN Juve impliquent, la forte concurrence au poste et la fin de carrière de la BBC. S’il est encore trop tôt pour dire que le beau Daniele est grillé, il lui faudra de grandes ressources mentales, un appétit férocement renouvelé et plus encore de patience pour essayer de glaner sa place dans la défense bianconera… en attendant encore celle de la Squadra ?

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