Carte blanche

Du foot, un film – « Le Bon, la Brute et le Truand » : Sergio Ramos

Sergio Leone et Sergio Ramos n'ont pas que le prénom de commun. Ils ont également chacun accompli une grande carrière, pleine de chef-d’œuvres.

Sur Sergio Ramos, il y a une sorte d’unanimité : on déteste le bonhomme mais on jalouse le Real Madrid de le compter dans ses rangs. Être craint ou aimé, il est l’un et l’autre, et de toute façon lui et son armoire à trophées n’en ont cure. Et pour cause, le grand Serge (184cm) conjugue avec une complétude folle toutes les qualités du grand défenseur central moderne : le vice, le talent, les cojones. Dans le film de Leone, il serait à la fois le Eastwood, le Sentenza et le Tuco de ce wild wild west qu’est le foot européen. En tout cas, à l’image du film qui lui va si bien, Ramos, est un classique intemporel.

Le bon

A 33 ans, Ramos vient de battre un nouveau record, celui du nombre de victoires en équipe nationale. Et pour cause, capitaine charismatique et leader de la Roja et des Merengues, à la fin, c’est toujours lui qui gagne. Depuis 2010 et le début de l’essoufflement du Barça au zénith européen, il est le véritable symbole de la domination du Real: dans cette période, 2019 est la seule année au cours de laquelle il n’a pas soulevé de trophée.

Varane pourrait-il vraiment être le joueur qu’il est sans le big boss derrière ? On en doute. CR7 aurait-il pu autant marquer l’histoire de son sport sans lui ? Pas certain. Le Real aurait-il pu soulever quatre Champions League en cinq ans sans lui ? Certainement pas. L’Atléti n’oubliera pas non plus de sitôt un des buts les plus clutchs de l’histoire, à la 93ème minute de la finale de C1 2014.

Égalisation à la 93ème. Quel scénario.

Des pions décisifs, il en a d’ailleurs plus d’un à son actif. On peut penser à l’égalisation contre le Barça à la dernière minute en Championnat ou son but contre le FC Séville en Supercoupe d’Europe 2017. A vrai dire, sa roublardise et son jeu de tête font même de lui un des meilleurs buteurs chez les défenseurs. Depuis qu’il est chez les Champions d’Europe, il a inscrit 84 buts (!): à titre de comparaison, le génialissime Iniesta en a inscrit 57 en carrière avec le Barça et le non-moins génial Souleymane Camara en est à 91 en pro.

Toujours là, il ne passe jamais à côté dans les grands matches, ne se planque jamais derrière les siens: il est le cœur du Real Madrid et l’assume comme un bonhomme. Plus simplement, « C’est le meilleur défenseur central du monde » comme l’admettait Giorgio Chiellini fin 2017 en parlant de son confrère : vrais reconnaissent vrais.

La brute

Dans ce monde, il y a deux types de personnes: ceux qui perdent contre Sergio Ramos et ceux qui ne jouent pas contre lui. Kun Agüero, Griezmann, Džeko, Neymar, Müller, Luis Suarez… tous ces noms ont nommé l’ex-Sévillan comme étant le défenseur le plus fort rencontré dans leur carrière. C’est tout sauf anodin. Doté d’un jeu de tête exceptionnel, il ne perd pas un duel dans sa surface. Capable de défendre debout, il n’a pas non plus peur de salir le short et d’aller au charbon pour faire du petit bois. Son tacle les deux pieds décollés sur Messi est encore dans toutes les mémoires.

Au fil des saisons, sa réputation s’est mise à le précéder. Il est à lui tout seul une force de dissuasion pour les attaquants. Fidèle aux préceptes du charismatique Sentenza, il finit toujours le travail pour lequel on le paie. Chasseur de primes immoral, faire tomber toutes les têtes mises à prix par ses coachs est un plaisir. C’est même son métier. Il casse avec une indifférence totale tous les attaquants qui pointent leur minois. Salah mis au tapis après une prise de judo, le Real n’avait plus qu’à dérouler tranquillement contre les Reds en juin 2018. Le pire dans cette prestation contestée, c’est qu’elle n’avait étonné personne.

Ippon. Victoire Ramos.

Le seul qui semble finalement capable de ralentir le génocide opéré contre les attaquants du monde entier est l’arbitre. Ramos détient des records assez éloquents: il est le joueur le plus expulsé de l’histoire des classicos (5 rouges en 42 classicos), il est le plus expulsé dans l’histoire du Real (25 rouges en plus de 600 matches), il est le plus expulsé de l’histoire de la Liga (20 rouges), il est le recordman des cartons jaunes pris en Liga, en Champions, avec le Real et avec l’Espagne! Faut pas lui chercher des noises au Ramos.

Le truand

Pourtant malgré son casier judiciaire absolument incroyable, il finit toujours -comme Tuco- par échapper à la sanction quand ça compte vraiment. Son dernier rouge en Ligue des Champions remonte à plus de 45 matches, soit presque 5 ans!  Il connaît tous les bons coups, flirte toujours avec la règle. Plus impressionnant encore: en plus de 160 capes avec sa sélection, Ramos n’a jamais été exclu.

Comment expliquer cela si ce n’est par une connaissance et une compréhension totale de son environnement quand la pression est la plus forte ? Les théories du complot anti-Real sur l’arbitrage ne résisteront pas à autant de talent. Bon, il faut reconnaître qu’il y a parfois des ratés comme cette année contre l’Ajax quand il s’était pris exprès un jaune suspensif pour le match retour qui allait voir les ajacides mettre une dérouillée à la Casa Blanca (1-4).

« Regardez, ils sont là-bas les méchants »

Profitant de son brassard pour aller embrouiller l’arbitre mieux que personne, c’est vis-à-vis de ses adversaires directs qu’il est le plus sournois. Il se débrouille toujours pour rentrer dans la tête de ses opposants (hola Juan Cuadrado) ou alors, quand il n’y arrive pas, il tape directement SUR leur tête, leur causant une commotion cérébrale (hallo Karius), ou autre dislocation d’épaule (salaam Salah). Quand il rend ce genre de copie, Ramos est un vicelard inclassable que tout le monde déteste. Un grand dégueulasse mais un réel winner.

L’héritage Ramos

Quatre Ligue des Champions, deux Euros, une Coupe du Monde, quatre Ligas, deux Copa, neuf fois dans l’équipe FIFA et huit fois dans l’équipe UEFA de l’année depuis 2008 et bien plus encore… Le palmarès est à l’image du bonhomme : légendaire. Comme le Western qui le caractérise si bien, Ramos finira au Panthéon, tout là-haut, aux côtés des plus grands comme Beckenbauer ou Baresi.

D’ici là, le natif de Camas va continuer à mettre la pression à ceux qui arrivent dans sa zone. Sa statue devant le Bernabéu que le Real lui construira prendra ensuite le relais.

À propos Yannick

Un jeu de tête à la Valbuena, un pied droit à la Robben. J'aime Giorgio Chiellini et je maîtrise le Pack Office.

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