Histoires de foot

Dossier – 98/99, le monde aux pieds des Red Devils : il était un soir… Teddy Sheringham

Le 26 mai 1999, Manchester United remporte la Ligue des Champions dans les ultimes secondes de la finale. Parmi les acteurs, il en est un qui mérite l'oscar du meilleur second rôle. Du meilleur acteur peut-être même… Récit de la finale de Teddy Sheringham (partie 2 sur 3).

Il était un soir de mai 1999, le 26 très précisément. Sous la douce chaleur d’un été qui s’annonce, un match de légende va se jouer dans l’antre du football catalan, le Nou Camp. Deux grands d’Europe, fraîchement champions de leur championnat respectif, s’affrontent pour renouer avec la joie de soulever la Coupe aux Grandes Oreilles. Le Bayern Munich ne l’a plus gagnée depuis ses trois sacres consécutifs de 1974, 1975 et 1976. Manchester United ne l’a remportée qu’à une seule reprise, en 1968.

Ce soir-là Teddy Sheringham est en colère. Il vient en effet d’apprendre qu’il ne débutera pas cette finale de Ligue des Champions. C’est la doublette Dwight Yorke/Andy Cole qui aura le privilège de commencer ce match si particulier, ce match d’une vie. Andy Cole…

Teddy n’aime pas Andy et Andy n’aime pas Teddy. Il est parfois des inimitiés qui se créent rapidement. Il faut remonter à un autre soir de printemps, quatre ans auparavant pour comprendre cette animosité. Nous sommes alors durant un match Angleterre-Uruguay, Cole doit remplacer Sheringham et ce dernier ne sert pas la main tendue de son remplaçant au moment du changement.

« J’étais dévasté quand Teddy Sheringham a signé à Manchester United car je ne pouvais pas l’encadrer. »

(La joie toute contenue d’Andy Cole à l’arrivé de Teddy Sheringham)

Teddy n’était alors pas content de sortir, tout comme il n’est pas satisfait de rester sur le banc ce soir de mai 1999. Non seulement c’est Cole qui joue à sa place, mais en plus il était persuadé d’avoir enfin mérité cette titularisation. Mais non, apparemment, offrir une Cup à son club quelque jours auparavant en marquant un but, en faisant une passe décisive et en étant élu homme du match, ce n’est pas suffisant pour gagner le droit de débuter. Qui plus est un an après avoir déjà marqué en finale de Cup au cours de la victoire mémorable 5-3 face à Chelsea. Lui qui pensait enfin avoir convaincu tout le monde après tant de galères… Car les jours n’ont pas toujours été roses pour Teddy au royaume de Ferguson.

Lorsqu’il débarque à Manchester à l’été 1997, c’est pour remplacer un certain Éric Cantona. Le Français, aux quatre championnats gagnés en cinq années de présence, n’est pas de la trempe de ceux auxquels on succède facilement. Comme le dit si bien Alex Ferguson (pas encore Sir) au Français dans une lettre qu’il lui adresse juste après l’arrivée de Teddy, ce dernier a du mal à trouver la place qu’il occupait à Tottenham. Et pour cause.

Inscrire près de 100 buts en cinq saisons, être adulé par tous ses supporters pour ça, c’est moins facile dans une écurie qui vient de gagner neuf trophées nationaux sur cinq ans, quand dans le même temps, les Spurs n’en n’ont raflé aucun… Et ce n’est pas le premier match de championnat sous les couleurs des Red Devils qui a facilité son acclimatation. Il revient à White Hart Lane, son jardin, pour manquer un penalty face à son ancienne équipe. A coup sûr le King ne l’aurait pas loupé lui.

Mais il n’est pas bon de ressasser ces moments troubles. D’autant plus que la saison de son arrivée, au moins, il jouait. Il a certes moins marqué qu’espéré avec 14 buts en 42 matchs, mais au moins il jouait. Il fallait alors que Dwight Yorke soit recruté et qu’il forme avec Cole un duo des plus prolifiques. Résultat, Teddy traîne son spleen sur le banc. Seulement 26 apparitions dans la saison avant ce match du 26 mai. Mais le pire c’est le nombre famélique de buts qu’il a inscrits : 2 en championnat et seulement 1 en Cup, certes en finale, et certes donnant le titre, mais tout de même, de telles stats ne lui étaient plus arrivées depuis 13 ans !

Oh Teddy… Chant à sa gloire ou lamentation ?

Quelle tristesse pour Teddy… Et pourtant il faut garder la niaque. Il a des raisons de garder espoir. Il a joué autant sur les huit derniers matchs de la saison que sur les 30 précédents et il a marqué de son empreinte la finale de la Cup. Il n’a pas le choix : il faut qu’il reste impliqué, concentré ; il a encore un coup à jouer. Et il le sait au moment d’aller s’installer sur le banc des diables rouges, passant à deux mètres de la Coupe, sans être sûr de pouvoir se défoncer pour la soulever. [1]

Le match est pénible, pesant. Les bavarois marquent dès la 6ème minute et les Mancuniens ne trouvent aucune faille. La paire Yorke/Cole n’y arrive pas, à l’image de toute l’équipe. A la pause ça chauffe. Et Ferguson de glisser à l’oreille de Teddy qu’il compte sur lui pour être prêt car si dans les 10-15 prochaines minutes de jeu, rien ne bouge, il rentre. Quel étrange sentiment s’empare alors de Teddy : son équipe joue une finale de Ligue des Champions, est menée 1-0, mais lui, le compétiteur, le joueur, ne veut pas que son équipe marque tout de suite, car lui veut jouer. Seuls les compétiteurs deviennent les plus grands. Et seul un fort degré d’égocentrisme permet aux compétiteurs de le devenir. Alors il arrive que l’égocentrisme se transforme en égoïsme et que le compétiteur pense d’abord à lui, avant l’équipe, avant un Andy Cole. Quelle arrogance… Et pourtant.

Teddy entre finalement en jeu à la 67ème. Le score est toujours de 1-0 pour le Bayern et c’est un miracle s’il l’est toujours à la 91ème, suite à une transversale et un poteau des Munichois. Mais Ferguson veut être anobli et a fait entrer Solskjaer à la 81ème. Et devinez à la place de qui ? Andy Cole ! C’est bon, Teddy peut se montrer, il n’était pas question de célébrer quoi que ce soit avec Andy.

Manchester pousse, pousse, puis obtient un corner. Becks, le copain de Teddy, le tire, ça cafouille un peu, Giggs tente un tir du droit de l’entrée de la surface, mais la balle est molle, part un peu à côté du poteau droit. Heureusement un joueur est sur la trajectoire et il aime ces ballons-là. Il n’est alors question que d’instinct, celui du compétiteur, du buteur, du finisseur. Toute une carrière pour ce moment, pour cette seconde. Pas de contrôle, juste un tir direct, qui ne change que légèrement la trajectoire, à ras du sol, mais juste ce qu’il faut pour que ça rentre. Tout son corps fait un tour en frappant la balle, l’équilibre est parfait, les filets tremblent et Oliver Khan crie. Sheringham vient d’écrire la première partie de sa légende. Devant le kop mancunien, devant le monde entier.

Rebelotte à peine deux minutes plus tard. Sheringham et ses amis sont transcendés. Beckham va taper un nouveau corner. Il est encore bien tiré. Encore. Après toute cette saison éprouvante, David a encore la lucidité de frapper parfaitement un corner à la 93ème minute du dernier match. Premier poteau, un joueur met la tête. Un superbe coup de casque. Malgré une impulsion prise un poil trop tôt, le reste est parfait : le corps en diagonale, les abdos qui fonctionnent à plein régime, les bras utilisés pour donner le mouvement de rotation du haut du corps. La tête est décroisée, part au niveau du poteau gauche, et un pied surgit pour la mettre au fond. Teddy Sheringham vient d’offrir à l’autre remplaçant, Solskjaer, le but de la victoire.
Un but, une passe en 25 minutes de jeu.
Un but, une passe comme quatre jours auparavant en finale de Cup.
Un but, une passe pour un triplé historique.
Un but, une passe pour rentrer dans la légende.

Il était un soir… d’éternité pour Teddy Sheringham.

[1] « À la fin du match, la Coupe d’Europe sera à deux mètres de vous. Si on perd, vous n’aurez pas le droit d’y toucher et dites-vous bien que vous n’aurez probablement jamais l’occasion de la revoir d’aussi près. Alors vous avez plutôt intérêt à vous défoncer. » Extrait de la causerie de Ferguson, à la mi-temps de la finale de la Ligue des Champions de l’UEFA 1999

2 comments on “Dossier – 98/99, le monde aux pieds des Red Devils : il était un soir… Teddy Sheringham

  1. Ping : Dossier – 98/99, le monde aux pieds des Red Devils : Ligue des Champions 1999 ou comment United a remporté une finale déjà perdue – Penaltoche

  2. Coucou,

    À l’époque, Teddy Sheringham était l’un de mes footballeurs préférés en Premier League. Je me souviens encore de ce but magnifique qu’il avait inscrit contre le Bayern Munich lors de cette fameuse finale de la Ligue des champions. Quel joueur !

    J'aime

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