Histoires de foot

Non, le PSG n’a pas privé l’OM du titre de champion de France 1999

Les supporters marseillais prétendent que le PSG les a privés du titre de champion de France 1999. Réalité ou légende urbaine ? Retour sur cette saison mythique.

C’était il y a 20 ans. Et c’est peu dire que cette saison 1998/1999 de l’ancienne Division 1 est restée dans toutes les mémoires. Dix mois durant, l’Olympique de Marseille et les Girondins de Bordeaux se sont livrés un mano à mano épique dans leur quête du sacre. Au soir de l’ultime journée, Bordeaux remporte le titre à la faveur d’une victoire contre le PSG. Les supporters marseillais crient au scandale. Pour eux pas de doute, leur rival parisien les a privés du titre en laissant les Girondins s’imposer au Parc des Princes. La réalité est plutôt éloignée de cette affirmation. Récit de la fin de saison haletante vécue par le Championnat de France il y a deux décennies.

Le PSG a certainement laissé filer le match contre Bordeaux, et alors ?

Mettons d’emblée les choses au clair. Le PSG n’a pas tout mis en œuvre pour battre Bordeaux lors de la 34ème et dernière journée de la saison (la Division 1 comptait à l’époque 18 clubs). Le scénario du match est accroché: Paris revient au score à deux reprises dans la partie et Bordeaux ne scelle le sort du match qu’à la 89ème minute. Pourtant le club de la capitale ne cache pas qu’il a peut-être laissé filer le match. Francis Llacer, défenseur parisien à l’époque, a d’ailleurs déclaré quelques années après le match « Je n’ai pas donné tout ce que j’aurais pu. […] On n’était pas 100% motivé pour faire un résultat contre Bordeaux ».

Récemment, précisément le lundi 22 avril dernier, dans l’émission l’After Foot sur RMC, Pierre Ducrocq (consultant et ancien joueur du PSG, titulaire ce 29 mai 1999 contre Bordeaux) et Daniel Riolo (consultant et supporter historique du club) sont revenus sur cet épisode. Sans jamais clairement affirmer que le PSG a laissé filer le match, ils l’ont sous-entendu de manière très précise. Daniel Riolo a notamment déclaré « Ce soir-là, je ne suis même pas sûr que Marco Simone (capitaine du PSG) ait couru un kilomètre ». Et Pierre Ducrocq de renchérir: « lorsqu’Adailton a égalisé (à 2-2 à la 77ème minute, ndlr), il n’a pas compris pourquoi il était le seul à être content et pourquoi le Parc n’a pas célébré son but ». En effet, Adailton, jeune brésilien arrivé récemment au club, ne doit manifestement pas connaître la rivalité entre l’OM et le PSG. Tout content de marquer, il n’est pas conscient que son but est en train d’offrir le titre à l’ennemi.

Pascal Feindouno PSG Bordeaux 1999
Pourquoi Pascal est le seul à se soucier du ballon ?

C’est donc un secret de polichinelle: le PSG n’a pas tout fait pour l’emporter contre Bordeaux ce samedi 29 mai 1999. Dès lors, est-il possible d’accuser les joueurs parisiens de tricherie ? Certainement pas, au contraire. Comment leur reprocher leur attitude ? Lors de ce match, le PSG est en roue libre, il n’a plus rien à jouer. Il a complètement raté sa saison, viré deux entraîneurs (Alain Giresse puis Artur Jorge) pour terminer finalement à une triste 9ème place. Lorsque ce match contre Bordeaux arrive, il est simplement normal que la motivation ne soit pas à son apogée. Et si en plus une défaite prive le rival du titre, pourquoi se donner du mal pour l’empêcher ? Dans la même situation, les joueurs marseillais auraient assurément agi de la même manière. Il en aurait également été de même si Saint-Etienne avait pu priver l’Olympique lyonnais d’un titre, ou inversement.

Là n’est pas la véritable question. Si l’OM en a été réduit, ce soir-là, à espérer une victoire de son rival pour conserver ses espoirs de titre, c’est que ce celui-ci était alors déjà perdu. Pourtant, au soir de la 31ème journée, l’OM était leader du classement avec deux points d’avance sur Bordeaux. Comment les Marseillais se sont-ils pris les pieds dans le tapis et ont-ils pu laisser échapper un titre qui leur tendait les bras à trois journées de la fin ? Comment expliquer que l’armada phocéenne de l’époque (trois champions du monde dans l’effectif, parmi d’autres !) n’ait pas remporté cette saison-là son 9ème titre de champion ? Retour sur un épisode qui, 20 ans après encore, reste en travers de la gorge de beaucoup de supporters.

Journée 32 : Un scénario auquel Hitchcock lui-même n’aurait pas pensé

Le véritable moment où le titre s’est envolé pour l’OM, ce n’est pas à la 89ème minute de la dernière journée. C’est bien deux journées plus tôt. Le mardi 4 mai 1999, lors de la 32ème journée, le sort a définitivement choisi son camp. Ce soir-là Bordelais et Marseillais sont en déplacement. Les premiers se rendent à Félix Bollaert chez le champion de France en titre, le Racing Club de Lens. Les seconds sont attendus de pied ferme au Parc des Princes chez leur rival parisien. Les Marseillais ont leur destin entre les mains. S’ils réalisent un sans-faute, ils signeront définitivement leur retour au premier plan, trois ans après être remontés de Division 2. Sauf que l’histoire a décidé de nous offrir ce soir-là un dénouement digne d’Alfred Hitchcock, terriblement cruel pour l’OM. Accrochez-vous, c’est un scénario haletant qui va se dérouler à distance entre Lens et Paris.

Avant le coup d’envoi des matchs, l’OM compte 65 points, Bordeaux 63. Dès la 5ème minute, les Bordelais ouvrent le score à Bollaert par Ivan Perez. Ils reviennent alors provisoirement à hauteur des Phocéens (66 points chacun). A peine dix minutes plus tard, à la 14ème minute, Daniel Moreira égalise pour les Sang et or, redonnant deux points d’avance à l’OM. Au Parc, les Marseillais contrôlent la situation. Les Parisiens ne sont pas au niveau. Florian Maurice, un ancien de la maison bleue et rouge, ouvre logiquement le score à la 21ème minute. Avec 68 points, Marseille compte provisoirement quatre points d’avance sur Bordeaux. Et cette avance provisoire s’accroît encore lorsqu’Alex Nyarko, de la tête, donne l’avantage à Lens. Si les scores en restaient là, l’OM compterait cinq points d’avance à deux journées de la fin et serait quasiment champion.

Mais les scores n’en restent pas là. Juste avant la mi-temps, Ivan Perez, encore lui, égalise. Le jeune espagnol, prêté pour six mois par le Betis Seville pour renforcer le banc des Girondins, ramène Bordeaux à quatre points de l’OM. Il marque ce soir-là deux des trois buts qu’il inscrira sous le maillot frappé du scapulaire. A la mi-temps, Marseille compte 68 points et Bordeaux 64. C’est pour l’instant une très belle opération pour les Marseillais. Jusqu’à la 80ème minute, les situations n’évoluent pas. A Bollaert, les Bordelais poussent sans parvenir à forcer la décision; au Parc, les Marseillais gèrent tranquillement leur but d’avance. A l’image d’un thriller où le dénouement de l’intrigue s’accélère dans la dernière demi-heure, c’est en dix toutes petites minutes que cette saison change complètement de visage.

T-shirt OM champion de France 1999
Le t-shirt collector, sorti un peu trop tôt (crédit @romcanuti)

Au nord on joue la 82ème minute. C’est le moment que choisit Sylvain Wiltord, en panne d’efficacité depuis cinq matchs, pour retrouver le chemin des filets d’un missile des 25 mètres sous la barre de Warmuz, et redonner l’avantage à son équipe. Bordeaux revient à deux points de l’OM (66 contre 68). A peine deux minutes plus tard, dans la capitale, Marco Simone décroche une frappe des 25 mètres aussi soudaine que puissante qui remet Parisiens et Marseillais à égalité, 1-1. Bordeaux et Marseille sont provisoirement ex-aequo avec 66 points. Les Marseillais, qui se sont assurément reposés sur leurs lauriers alors qu’ils n’avaient qu’un seul but d’avance, se laissent avoir une seconde fois, trois minutes plus tard. Madar lance en profondeur Rodriguez, qui se joue de Blanc et Gallas avant de crucifier Porato. L’OM se retrouve alors derrière Bordeaux, avec un point de retard. A la dernière minute, Johan Micoud assure définitivement le succès des Girondins à Bollaert, 2-4. A la surprise générale, Marseille s’incline au Parc contre un PSG moribond, 2-1.

Pour l’OM, le dénouement est terrible. En quelques minutes, les Phocéens ont tout perdu. Au cours de la soirée, ils ont compté jusqu’à cinq points d’avance, et en comptaient encore quatre à dix minutes du terme. Ils se retrouvent finalement avec un point de retard et n’ont plus leur destin entre les mains à deux journées de la fin. En se montrant incapable de remporter un match à sa portée, l’OM a hypothéqué ses chances de titre. Le symbole aurait pourtant été fort en allant s’imposer au Parc. Néanmoins, on ne perd pas le titre sur une seule défaite à la 32ème journée. Les Marseillais étaient d’ailleurs leader au soir de la 31ème suite à trois mauvais résultats de suite des Girondins (deux défaites et un nul). Alors qu’est-ce que l’OM a raté dans cette saison pour être encore à portée de tir des Bordelais ?

Tu sais que tu as grandi dans les années 1990 si tu avais ces VHS rétrospectives de la saison

Les confrontations directes contre Bordeaux, Lyon et le rival parisien

Revenons quelques mois en arrière, à l’été 1998. L’OM sort d’un exercice 97-98 globalement satisfaisant, terminé à la 4ème place, synonyme de qualification en Coupe de l’UEFA. Un effectif déjà solide est en place, avec Blanc, Gallas, Dugarry, Ravanelli, Roy… Celui-ci est largement renforcé avec les arrivées, entre autres, de Maurice, Luccin, Pirès, Gourvennec et Porato. Le propriétaire du club, Robert Louis Dreyfus, a mis la main à la poche pour offrir à son coach, Rolland Courbis, un effectif capable de jouer les premiers rôles en Championnat comme en Coupe d’Europe. Cet effectif carbure la plupart du temps à plein régime. Mais il y a un mais. Lorsqu’on prétend jouer les premiers rôles, il faut savoir se montrer au niveau au moment d’affronter les autres cadors du Championnat. C’est dans ce domaine que l’OM va pécher tout au long de la saison.

OM saison 1998 1999
Une charnière Blanc-Gallas, c’est plus fort que Varane-Ramos non ?

A l’issue de l’exercice, Bordeaux termine 1er, Marseille 2ème et Lyon 3ème. Lorsqu’on se penche sur les confrontations directes de l’OM contre ces deux clubs, le problème saute aux yeux. Lors des quatre matchs face à leurs concurrents, les Marseillais n’ont pu faire mieux que deux matchs nuls et deux défaites, ne prenant que deux points sur douze possibles. Au Vélodrome, les Phocéens concèdent le nul face à Bordeaux et Lyon. Face aux Girondins, alors qu’ils mènent 2-1 et maîtrisent le match, ils se font rejoindre à la 90ème minute sur un but de Kaba Diawara. Contre l’OL, ils sont incapables d’inscrire le moindre but, concédant le 0-0. Ils s’inclineront quelques mois plus tard à Gerland, 2-1. Le vendredi 29 janvier, le plus gros fiasco a lieu au Parc Lescure, où les Marseillais sont tout simplement surclassés par des Bordelais en état de grâce, 4-1. L’OM encaisse quatre buts en un peu plus d’un quart d’heure durant la première mi-temps, et ne pourra que sauver l’honneur durant la seconde.

Lilian Laslandes Bordeaux OM 1999
Festina en sponsor, les Girondins finissent champions. Simple coïncidence ?

Et les confrontations face au rival parisien, qu’ont-elles donné ? Aucune victoire non plus. Comme décrit plus haut, le match retour au Parc s’est soldé par une victoire du PSG. A l’aller, comme face à Bordeaux et Lyon, les Marseillais n’avaient pu faire mieux qu’un match nul. Malgré une domination outrageuse et des occasions franches à la pelle, l’OM avait concédé le 0-0. Dans une saison où le club de la Canebière jouait les premiers rôles, ne remporter aucun de ces six matchs laisse une tâche béante. Plus qu’une tâche, c’est tout simplement rédhibitoire. Tout au long de la saison, l’OM n’a pas su répondre présent quand il le fallait, et c’est finalement en toute logique que le titre a fini par lui échapper. On est donc loin du soi-disant vol du titre par le PSG dont parlent les supporters. Au cours de la saison, Bordeaux a occupé la tête à 19 reprises, contre 14 pour son dauphin marseillais: la logique est finalement respectée.

Marco Simone PSG OM 1999
On en parle du mollet gauche de Laurent Blanc ?

En plus d’échouer à un point du titre lors de la dernière journée, l’OM connaît une autre désillusion en cette fin d’exercice 1998-1999. La défaite, 0-3, contre Parme, en finale de la Coupe de l’UEFA laisse un goût amer. Pourtant, cette saison reste gravée dans la mémoire de tous les supporters marseillais, tant l’équipe fut enthousiasmante de début août à fin mai. Cette émotion est-elle suffisante pour remplacer un titre ? C’est un autre débat…

1 comment on “Non, le PSG n’a pas privé l’OM du titre de champion de France 1999

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