Histoires de foot

Justice pour Lloris

Hugo Lloris est un dieu : tout le monde a déjà douté de lui. A 32 ans et malgré un CV bien long le champion du monde doit encore faire ses preuves. Et c'est injuste.

Hugo Lloris est un dieu : tout le monde a déjà douté de lui. A 32 ans pourtant, il est au sommet de sa carrière. Quand viendra l’heure de raccrocher les gants, le champion du monde 2018 pourra partir avec les yeux calmes de celui qui a accompli de grandes choses.

L’incessante contestation

C’est un fait: Lloris est sans cesse contesté. Quoi qu’il fasse, quoi qu’il réussisse, il ne pourra jamais obtenir le statut de grand gardien. C’est en tout cas l’impression frustrante que l’on a en rembobinant la carrière du niçois.

Sur ses choix, son jeu ou son caractère, on a tout entendu. Il n’aurait pas le charisme pour être capitaine; Mandanda aurait dû s’imposer à sa place; son jeu au pied est désastreux; il n’a pas beaucoup progressé depuis Lyon, etc. Chacune de ses boulettes semble s’écrire de façon indélébile sur son CV par des détracteurs toujours à l’affût pour lui en mettre plein la tronche.

Alors, certes reconnaissons-le : Lloris a quelques cagades à son actif. Mandžukić a bien failli faire douter les Bleus après l’offrande du goal français dans le plus prestigieux des matchs. Avant cela, le portier avait déjà fait quelques cadeaux en éliminatoire de Coupe du Monde, contre la Biélorussie (2013) ou contre la Suède (2017). Récemment, les Reds lui doivent une fière chandelle après une précieuse victoire dans la course au titre obtenue grâce à un ballon mal assuré par le goal français.

« Sympa ce gardien »

« Je suis payé pour jouer, eux pour parler » rétorquait le français, un poil amer face à de nouvelles critiques après ce match contre Liverpool. Mais finalement, c’est peut-être bien de l’intransigeance des observateurs que Lloris tire sa force. Toujours sous-estimé, il semble se nourrir de reproches statistiquement injustes. Cette saison, c’est par exemple lui qui a le plus grand taux d’arrêt sur les fameux « expected goals » en Premier League. Il n’est donc peut-être pas celui qui en encaisse le moins, mais bien celui qui en arrête le plus.

Un très grand professionnel

Les quelques trous d’air qu’il peut avoir sur le terrain sont largement compensés par une exemplarité systématique (ou presque). C’est parce qu’il montre l’exemple que Lloris n’a plus lâché le capitanat des Bleus depuis 2011 en explosant au passage le record de son sélectionneur Deschamps au nombre de matchs avec le brassard (77 contre 50 pour DD). Après le cataclysme Knysna, il faut admettre que c’était le bon choix. Et puis, qui peut se targuer d’avoir 110 sélections avec une nation de premier plan du football mondial ?

Moins démonstratif qu’un Pogba, moins vocal qu’un Dier, il n’en est pas moins un relais indispensable à ses coaches, facile à gérer. Il sait aussi être le pompier de service qui ne se défile pas en conférence de presse quand il s’agit d’éteindre des incendies. Grand professionnel, il n’est pas non plus une starlette individualiste mais un vrai homme de collectif. On se souvient qu’il n’a par exemple pas manqué de classe en laissant Mandanda disputer son premier match de Coupe du monde contre le Danemark l’été dernier.

En club également, son attitude est louée par ses coéquipiers et sa parole écoutée. Installé à Londres depuis plus de six ans, il est le capitaine de Tottenham pour la quatrième saison consécutive. Dans cette période, les Spurs ont fini trois fois de suite sur le podium alors qu’ils n’étaient plus montés dessus depuis 1989-1990. Fan, son entraîneur Mauricio Pochettino dit de lui qu’il est « l’un des meilleurs gardiens du monde ». De même Eric Dier disait « admirer » le triple vainqueur du trophée UNFP de meilleur gardien (2009, 2010 et 2012).

« Tout le monde dans l’équipe l’admire. Nous admirons la qualité qu’il apporte, l’éthique de travail dont il fait preuve. C’est l’un des meilleurs au monde »

Eric Dier, août 2018

Un des meilleurs de sa génération

Pas cantonné à un rôle de délégué de classe modèle, les joueurs de son genre sont indispensables à un collectif. Catalyseur discret, sa carrière coïncide étrangement avec le retour en grâce des Bleus et de Tottenham. Mais avant tout, Hugo Boss est un formidable gardien de but. Bien sûr, il n’est pas Buffon, ni Neuer ou Casillas, mais tout comme ces monstres sacrés des années 2000 et 2010, lui aussi a soulevé la World Cup. Et ce, au terme d’un tournoi majuscule (à vingt minutes près). Alderweireld, Cáceres et le regretté Gordon Banks sauraient affirmer à quel point sa réputation de gaffeur est erronée.

Si ses erreurs sont remarquées, cela ne doit pas faire oublier tous les grands rendez-vous qu’il a dominés. Il était le seul Français prêt à rentrer dans le bain dès les premières minutes de l’Euro 2016 quand la Roumanie allait ouvrir le score. On n’oublie pas non plus ses matchs d’anthologie contre l’Irlande en 2009, genèse d’un parcours exemplaire, malheureusement effacé par la main d’Henry. Depuis plus d’une décennie qu’il est dans les bois, les exemples de sa constance ne manquent pas. Avec 85 « clean sheets » en 235 matchs (36%), il est au niveau de joueurs comme Nigel Martyn ou David De Gea.

L’actualité du gardien dont le contrat s’achève en 2022 est elle aussi intéressante. Après avoir réussi un excellent match aller la semaine dernière contre Manchester City, repoussant notamment un penalty, il récidive au retour en se montrant décisif malgré quatre buts encaissés. Au bout du suspense, les siens ont réussi à se hisser dans le dernier carré de la Ligue des Champions grâce à un Heung-Min Son des grands soirs. Tottenham trouvera désormais sur son chemin l’Ajax, sublime vainqueur du Real puis de la Juve. Une affiche des plus alléchantes pour les amoureux du beau jeu. Et puis qui sait… la finale n’est plus si loin.

Avant de songer à l’Euro 2020 et éventuellement au record de Lilian Thuram (142 sélections), il y a donc un magnifique trophée à aller chercher en club. Et tant mieux si beaucoup ne croient pas aux chances des Spurs à la victoire finale. Hugo, lui, a l’habitude de fermer des bouches.

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