Histoires de foot

Mauro Camoranesi : peu de fùtbol, beaucoup de calcio

Nul n’est prophète en son pays. L’adage l’indique et la carrière de Mauro Germàn Camoranesi le confirme. Argentin naturalisé italien, c'est dans son pays d'adoption que son talent sera reconnu.

Nul n’est prophète en son pays. L’adage l’indique et la carrière de Mauro Germàn Camoranesi le confirme. Champion du monde en 2006 avec la Squadra Azzura et légende de la Juventus, c’est dans son pays d’adoption, en Italie, que son football et son histoire vont s’écrire. Retour sur la carrière majuscule de l’un des oriundi les plus épatant.

Du rouge et blanc au blanc et noir

L’histoire de Mauro Camoranesi est celle d’un joueur qui a toujours dû se battre et à qui le foot argentin n’a jamais rien offert. Fou de River Plate, le petit Mauro naît et grandi en périphérie de Buenos Aires, à Tandil, chef-lieu du département du même nom. Alors que son rêve est de revêtir l’iconique tenue rouge et blanche, ses débuts vont lui faire suivre le parcours atypique d’un joueur qui bourlingue pour trouver du temps de jeu. C’est par des exils au Mexique (Santos Laguna et Cruz Azul) et en Uruguay (Montevideo Wanderers) qu’il fait ses classes avant de se faire repérer par le Hellas Vérone. Il y signe et y jouera entre 2000 et 2002. C’est là que débutera son irrésistible ascension. C’est donc sans aucun match disputé dans l’élite argentine, à 24 ans, qu’il s’envole vers la cité de Roméo et Juliette.

Là-bas, il évolue avec les (trop ?) jeunes Mutu, Gilardino, Oddo, Laursen ou encore le brésilien Adailton. A leur côté, il aidera Vérone à assurer son maintien à la fin de la première saison. Lors de sa deuxième année en revanche, le club descend, au contraire de Camoranesi qui continuera de monter. Après son excellent match disputé contre la Juventus (2-2), Marcelo Lippi jette son dévolu sur la technique, le professionnalisme et le sens du combat de l’argentin. Il fait alors tout pour le recruter. D’abord signé sous l’ancien régime de copropriété, Camoranesi convainc la Vielle Dame de l’engager définitivement à l’été 2003. Huit ans durant il portera le maillot rayé noir et blanc.

Le changement de nationalité sportive

Sa première saison avec les bianconeri, en 2002-2003, est complète. Auréolé du scudetto, il participe à 44 matches dont les 13 qui mèneront la Juventus en finale d’une Ligue des Champions perdue aux tirs aux buts contre l’AC Milan. Très vite indéboulonnable à Turin, il a tout pour s’imposer dans ce club. Une volonté et une énergie folles qu’il combine avec vitesse, technique et capacité d’élimination. Hargneux défensivement, même souvent un peu trop, et discipliné tactiquement, il est le parfait complément de la vedette Pavel Nedved qui évolue à l’opposé, sur l’aile gauche.

En 2003, il va se lier un peu plus encore au pays du calcio. Camoranesi est un orioundo : son arrière-grand-père, Luigi Camoranesi était un migrant italien qui s’est installé en 1873 en Argentine. Fort de cette ascendance, il est éligible à une convocation avec la Squadra et c’est Trappatoni qui va lui donner à réfléchir à cette éventualité en décembre 2002. Après un mois, sa décision est prise et il accepte les avances des triples champions du monde. Il déclarera n’avoir jamais eu à choisir entre l’une et l’autre puisque l’Argentine n’était « jamais venu [le] chercher ». Quand il entre en jeu au cours d’un amical contre le Portugal, Mauro devient, à 26 ans, le 35ème et plus capé (55 sélections) oriundo à revêtir ce maillot, le 16ème argentin.

Mauro l’Italiano

Il n’est pourtant pas facile de porter le maillot bleu quand on est étranger dans un pays aussi conservateur que l’Italie. Au centre de nombreuses critiques venues de la droite et de la droite de la droite, c’est sur le terrain qu’il répond. Marcelo Lippi, arrivé aux commandes de l’équipe nationale va une fois de plus en faire un titulaire au sein de sa sélection. La suite appartient à la légende du football italien avec le titre de champion du monde 2006. Toute la sélection sera honorée de l’Ordre du mérite de la République Italienne, Mauro aussi donc. « J’ai défendu les couleurs de la sélection avec dignité. Personne ne peut m’enlever ça » : le symbole est beau.

La Squadra lui a permis d’aller décrocher une étoile quand aucun sélectionneur argentin, pas même Marcelo Bielsa, n’a décroché pour lui son téléphone. « Ni chez les jeunes, ni avec la A, on ne m’a jamais appelé ici. Mais ça a été la meilleure chose qui pouvait m’arriver, puisque ça m’a donné la possibilité de disputer une Coupe du monde le rêve de n’importe quel joueur ». Au départ vu comme une simple opportunité de carrière, il est conscient de la chance incroyable que cela a été. Les oriundi, spécialement sud-américains, sont mieux acceptés aujourd’hui dans la Squadra : Camoranesi y est sûrement pour beaucoup.

Camoranesi, l’héritage

L’année 2006 est une montagne russe en termes d’émotions pour lui. Après avoir évolué dans l’une des équipes les plus talentueuses de l’histoire de la Vielle Dame, le scandale du Calciopoli éclate. La Juventus est alors sanctionnée très durement et reléguée dans l’antichambre de l’élite. Sous les ordres de Didier Deschamps et avec d’autres icônes du club (Buffon, Del Piero, Trezeguet, Nedved), Camoranesi décide de rester au club, avec la promesse d’aller gagner la Serie B et de faire revenir le club au sommet le plus vite possible. Ce genre de décision, aucun tiffoso ne peut l’oublier : il reste pour cela une idole dans les travées du désormais Allianz Stadium.

Avec comme alternatives en attaque, Zlatan et Mutu. S’il vous plaît!

Après huit ans de bons loyaux services, le front office bianconero lui signifie à l’été 2010 qu’il ne compte plus sur lui. Lucide, il est conscient que c’était le moment pour lui de partir. Il choisit la Bundesliga, à Stuttgart. Ce passage assez anecdotique (12 matches) l’amènera à retourner jouer quatre saisons en Argentine dont il découvre enfin la première division (à Lanus puis au Racing Club). Au pays, il revient donc quinze ans après, la tête haute avec des trophées, de nombreuses batailles gagnées, une étoile brodée sur le maillot et une place dans la liste des 50 plus grands joueurs de l’histoire de la Juventus. Rétrospectivement, de Camoranesi on pourra dire qu’il a été un joueur de football italien de nationalité argentine. L’Italie l’a accueilli quand l’Argentine lui tournait le dos. Il avait d’ailleurs lui-même admis devoir plus au calcio qu’au fùtbol. Tant mieux pour l’Italie.

0 comments on “Mauro Camoranesi : peu de fùtbol, beaucoup de calcio

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :