Edito

La France à l’Euro 2020 : prenons les mêmes

Deschamps pourrait devenir le premier entraîneur à remporter en tant que joueur et entraîneur le double Mondial-Euro. Avec les mêmes idées ?

Championne du monde en titre, la France se dirige vers l’Euro avec l’étiquette de l’équipe à battre. Et bien malins seront ceux qui arriveront à déjouer les plans de Deschamps qui pourrait devenir le premier entraîneur à remporter le doublé Coupe du Monde-Euro en tant que joueur puis sélectionneur.

La lune de miel, et après ?

« CHAAAAAAMPIONS DU MONDE, LALA LA LALALA ». Depuis l’été 2018, les supporters de l’équipe de France chantent. Cette soirée du 25 mars dernier ne fait pas exception. C’est la 84ème minute au Stade de France et les Bleus viennent de mettre un quatrième pion à des Islandais simplement pas au niveau. Si ce n’est le hic en Ligue des Nations, tout a été parfait depuis le sacre de Moscou. La belle cote acquise auprès du public lors du dernier Euro continue de grimper et l’avenir semble radieux. Didier Deschamps, de son côté, a pour l’instant décidé de ne pas changer une équipe qui gagne et de renouveler le CDD d’une grande majorité de ses joueurs. Pourtant, certaines voix s’élèvent et fustigent le manque d’audace dans les listes ainsi qu’une foi aveugle en la logique de groupe.

Ces reproches sont légitimes. D’abord parce que l’histoire récente nous a montré que le football est une éternelle remise en question. Les exemples de l’Espagne puis de l’Allemagne, deux étoilées en pleine reconstruction (demandez à Thomas, Jérôme et  Mats), sont éloquents et la potion magique bleue finira forcément elle aussi par se tarir. Ensuite, parce que le jeu finit toujours par punir les certitudes (Ramos ou l’Atléti en ont récemment fait les frais). Et si le groupe vit bieng, installer des joueurs dans un fauteuil au mépris d’une certaine concurrence est parfois contre-productif, surtout au regard de la qualité des joueurs laissés sur le bas-côté. Étonnantes pour certains, scandaleuses pour d’autres, les non-sélections de joueurs comme Laporte, Lenglet, Ben Yedder ou Lacazette font en tout cas jaser. Au moins autant que le jeu pratiqué.

« V’là l’autre grand devant Trézéguet… J’suis foutu »

Oui, mais voilà, DD a désormais le totem d’immunité et les clefs du camion sont plus que jamais dans sa poche. Le sélectionneur tricolore préfèrera toujours opter pour le roc Zouma ou le sauveur Sakho afin de ménager ses titulaires en charnière. Mandanda et Giroud sont encore dans le coup alors qu’extrêmement décriés. Son porte-bonheur Pavard n’est pas non plus prêt de voir Lala ou Dubois lui passer devant… Ses inflexibilités peuvent agacer, certes. Mais il ne s’agit pas tant de débattre de l’opportunité de ces choix que de savoir s’il a raison de les faire. Et pour le coup, DD doit bénéficier d’un blanc-seing. Pas tant parce qu’il a déjà gagné mais parce qu’il faudrait vraiment ne rien avoir compris au bonhomme pour penser qu’il ne sait pas à côté de quoi il passe en conservant le même groupe. Deschamps est un pragmatique. Ce n’est pas que par fidélité qu’il reconduit ses bonhommes. Non, c’est surtout parce que son projet est réfléchi et se base sur un précédent glorieux.

Deschamps sait où il va

A l’instant t, les Bleus n’ont jamais autant paru être un collectif, une vraie équipe. L’équilibre du jeu, le positionnement des joueurs et leur rôle est une gamme qui a été répétée un bon nombre de fois à l’échelle du football de sélection. Et à force de vivre, de gagner et de jouer ensemble, le groupe développe des automatismes. Tout le monde connaît désormais la partition tactique du chef d’orchestre bayonnais. Sur de telles bases, le jeu jusqu’ici si froid de l’équipe de France peut éclore et sortir de son cocon ultra-réaliste. Alors certes, ce n’étaient « que » l’Islande et la Moldavie, mais les progrès entrevus dans le jeu sont réels. Les phases de possession ont paru être bien maîtrisées sans pour autant être stéréotypées. L’axe Pogba-Griezmann-Mbappé est de plus en plus complémentaire et tranchant. N’oublions pas non plus qu’en sortie de banc, les solutions sont énormes : des dynamiteurs (Dembélé, Coman, Martial), de la maîtrise dans le jeu (Tolisso, Fekir) et de l’impact physique (Nzonzi, Sissoko). Ces solutions permettent d’envisager des choix tactiques et techniques très variés et peuvent suppléer un 11 type hyper installé.

« Je l’appelle Dieu. Il a été un exemple pour moi »

Deschamps le padawan à propos du maître Jacquet, au soir du 15 juillet 2018

Deschamps était le capitaine de l’équipe qui a soulevé les trophées 1998 et 2000, génération également pétrie de talent. Et surtout, génération qui avait réussi à se réinventer naturellement et à jouer un meilleur jeu à l’Euro. Le sélectionneur avait certes changé et de nouveaux joueurs étaient arrivés, mais l’équipe était dans la continuité totale de celle fondée par Aimé Jacquet. Deschamps semble vouloir s’inspirer de ça. D’ailleurs comme Mémé l’avait fait avec Cantona, Papin et Ginola, Deschamps n’a pas hésité à évincé des joueurs très talentueux au contexte extrasportif potentiellement nuisible au groupe (KB9 et Rabiot). Comme Mémé, il a su capitaliser sur les désillusions et le temps long pour finalement gagner. A propos de son glorieux prédécesseur DD disait d’ailleurs : «Il a fait un miracle avec nous. Je l’appelle Dieu. J’ai énormément de respect pour lui, humainement. Il a changé notre vie. Il a été un exemple pour moi.»

À une époque où la culture de l’instant prend le dessus, il faut accepter l’idée que DD laisse à l’équipe –SON équipe- le temps de grandir, de se transformer, de progresser comme les Bleus de 1998-2000 l’avaient fait en leur temps. Cette maturation suit un processus entamé dès la Coupe du monde 2014. Il ne faut donc pas voir l’équipe qui sera à l’Euro 2020 comme celle qui a gagné deux ans plus tôt, mais bien celle née il y a 6 ans qui n’a fait que progresser depuis. Laissons-le donc aller au bout d’une logique plus subtile qu’elle n’y paraît. Les Bleus se mettent à développer du jeu, mais savent aussi souffrir contre des gros (Allemagne 2016, Croatie et Belgique 2018). Plus important encore, cette génération connaît les secrets de la victoire et contient des leaders influents, sur et en dehors du terrain, pour cadrer le groupe. Au point d’en faire déjà LE favori pour l’Euro 2020 ? Oui, et tout ça grâce à DD.

5 comments on “La France à l’Euro 2020 : prenons les mêmes

  1. Les résultats des Français en cette fin de LdC va-t-elle changer la donne ? Moussa Sissoko très bon hier

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    • Faudra attendre de voir l’année prochaine, mais j’suis sûr qu’à l’instant t, il serait du voyage

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