Rectangle vert

Des hommes et des diables

Les mancuniens peuvent-ils redevenir diaboliques? La gagne, ils l'ont. Solskjær, ils l'ont. Le Fergie Time, il est de retour. Ne reste plus qu'à transformer les joueurs en diables.

Les supporters parisiens étaient plutôt satisfaits du tirage au sort des 8èmes de LdC. Manchester United est un très grand club, avec de grands joueurs et un entraîneur qu’il était particulièrement agréable de battre. Surtout qu’il n’arrivait pas à faire jouer son équipe et qu’il mettait son meilleur joueur en permanence sur le banc.

Ça, c’était le 17 décembre. Le lendemain Mourinho est limogé. Le surlendemain Ole Gunnar Solskjær est nommé. Le 22, Cardiff en prend 5 et s’amorce alors une série record de victoires en championnat pour débuter un mandat d’entraîneur chez les Red Devils. Le jeu s’améliore considérablement, Pogba est réhabilité et, à chaque match, envoie des petites sécrétions à son désormais ex-manager en lui montrant à côté de quoi il est passé.

Le supporter parisien est désormais défait, déprimé. Que Manchester arrive à jouer, ce n’est guère une surprise, des joueurs de qualité constituent l’effectif. Non, le plus inquiétant pour leurs futurs adversaires réside dans deux aspects bien spécifiques à cette équipe : l’esprit combatif développé sous Mourinho, et les ressources de son effectif encore sous-exploitées. La confiance et la rigueur qui manquaient sont en train d’éclore. Les Diables semblent désormais prêts à ouvrir les portes de l’enfer à tous ceux qu’ils croisent sur le rectangle vert; les parisiens y étant déjà confortablement installés. Messi et ses copains catalans, qui les affronteront le 10 avril prochain, sont prévenus.

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Un moral démoniaque : le retour du Fergie’time

C’était il y a 20 ans. Déjà. Et pourtant le souvenir de ces deux buts victorieux dans les arrêts de jeu en finale de Ligue des Champions face au Bayern est encore vif dans toutes les mémoires footballistiques. Il forgera la légende du Fergie’time. Cette capacité de Sir Alex de grappiller du temps additionnel pour que son équipe y marque. Et donc retourner des montagnes.

A la fin du match, la Coupe d’Europe sera à deux mètres de vous. Si on perd, vous n’aurez pas le droit d’y toucher et dites-vous bien que vous n’aurez probablement jamais l’occasion de la revoir d’aussi près. Alors vous avez plutôt intérêt à vous défoncer. »

(Extrait de la causerie de Ferguson, à la mi-temps de la finale de la Ligue des champions de l’UEFA 1999)

Nous n’en sommes pas là mais des relents du passé viennent titiller nos narines. Avant la série de succès du norvégien, il est nécessaire de revenir en 2018. Arrêtons-nous juste avant la défaite face à Liverpool, mi-décembre, qui a débouché sur l’évincement de José Mourinho. Les mancuniens ne montrent alors aucun fond de jeu mais déploient des ressources mentales capables de compenser, parfois, leur faible niveau.

Face à Newcastle, début octobre. Menés 2-0 à la 70ème, les mancuniens l’emportent grâce à un but de Sanchez à la 90ème. Un mois plus tard, en déplacement à Bournemouth, Rashford donne la victoire aux siens à la 92ème. Quatre jours plus tard, l’adversaire a un peu changé, le résultat non. Face à la Juve à Turin, les Red Devils prennent l’eau mais finissent par planter deux pions à la 86ème et 90ème. Victoire improbable mais bien réelle. Restons en LdC, fin novembre. Manchester accueille les jeunes garçons de Berne. Ils valident leur ticket pour les 8ème grâce à un but d’un Fellaini sans cheveux à la 91ème. Et bien sûr, inutile de décrire le but de Marcus Rashford le 6 mars dernier à la 94ème minute, offrant un quart de finale européen complètement improbable.

Cinq victoires à l’arrachée symptomatiques, dont trois en LdC, ça commence à faire beaucoup. Qui plus est dans des scénarii différents. Face à Newcastle, la cote de Man Utd menée 2-0 à la 70ème équivalait à celle de Bachar El-Assad d’être nommé Prix Nobel de la paix. Face à la Vieille Dame, les Diables Rouges ne voient pas le jour dans la nuit juventina mais font plier le favori pour la victoire finale en LdC. Face à Berne, ce sont eux qui manquent de réussite mais qui persistent pour finalement l’emporter. Au Parc des Princes, c’était impossible, impensable, mais aidés par des parisiens qui se sont  totalement écroulés, ils l’ont fait.

Or, les renversements de situation et les victoires dans les derniers instants sont des moments de cohésion, de construction pour une équipe. Ces émotions partagées créent des connexions, un esprit collectif entre des joueurs qui sont alors prêts à s’arracher les uns pour les autres. Didier Deschamps n’a cessé de mettre en valeur l’exploit des Bleus face à l’Ukraine en 2013 (3-0) dans la construction de son groupe, de son projet et de sa quête de la Coupe du Monde.  Ces renversements à répétition ont pu donner aux mancuniens ce supplément d’âme qui suffit, parfois, à compenser le manque de talent ou de jeu.

Aujourd’hui, cette harmonie est mise en valeur par un coaching plus approprié au groupe. Solskjær se nourrit du travail de Mourinho. Il s’agit d’un mélange qui peut s’avérer extrêmement fertile, notamment s’il est sublimé par un effectif de qualité.

Le jeu : l’enfer des Diables

Le principal enjeu du Norvégien lors de sa prise de fonction était de compenser le manque de qualité de jeu observé depuis le début de la saison ; et surtout l’améliorer. Car jusqu’à la fin décembre, les mancuniens ne pouvaient se targuer d’avoir un match référence. Chose surprenante au regard de l’effectif qui, bien que souvent décrié (notamment au regard du mercato invisible cet été), contient tout de même quelques talents et de quoi tenir la dragée haute aux cadors européens.

Au goal : un des meilleurs au monde, aucun débat là-dessus. Le fait d’avoir réussi à le conserver dans l’effectif est sans doute le meilleur recrutement de ces dernières années, avec Pogba, bien sûr. Un goal en état de grâce est une ressource inestimable dans les matchs à enjeu.

En défense ça ne va pas et pourtant… Smalling ne décolle pas. Bailly se doit d’être au niveau attendu et entre-aperçu l’année dernière. Il le faut car Lindelöf, bien que meilleur joueur suédois de l’année, n’est pas encore au point. Il le devient mais ces deux-là pourraient former une jolie paire avec plus de régularité et de sérénité entre eux. Jones revient dans les petits papiers de Solskjær. Or, si l’ancien super-sub réussit à faire de Jones un bon joueur, régulier, alors les autres équipes européennes n’auraient plus qu’à déclarer forfait.

Sur les côtés Shaw a du talent et montre de la régularité, Young et Valencia de la bouteille, et Dallot devient plus qu’un 8ème défenseur, en témoigne le match face à Paris. Les quatre titulaires alignés peuvent viser un niveau correct, suppléés par De Gea.  

C’est au milieu et en attaque que le gros des forces individuelles se concentre. Sur le papier, un milieu composé de Matic, Pogba et Herrera, avec Fred et Mata en sortie de banc, lie agressivité, défi physique et projection vers l’avant. Il est intéressant de constater qu’Herrera est en ce moment préféré à Fred. Associé à Matic, ils présentent un gros volume de jeu, agressifs à la récupération de manière distinctes, avec une qualité de relance rapide. Surtout, ils peuvent mettre en orbite Pogba à un poste plus offensif où il s’épanouit et se montre particulièrement décisif, délesté de certaines tâches défensives.

Garder dans sa manche, en sortie de banc, un joueur comme Fred au profil complet et polyvalent ; en plus d’un Mata, fort de son expérience et de sa qualité de remplaçant, souvent décisif dans ce rôle-là, est un atout majeur. Hormis Pogba et peut-être Matic, ces joueurs ne sont pas dans les meilleurs du monde à leur poste mais présentent un profil similaire de combattants propres à mener des campagnes européennes.

C’est d’ailleurs le sentiment qui prédomine en attaque aussi. Du talent pur avec Rashford en tête, suivi de Martial et Lingard ; entourés de deux joueurs expérimentés qui nourrissent les interrogations : Lukaku et Sanchez. Seulement, trouvez des réponses positives à ces questionnements avec un Lukaku buteur et combattant avéré, et un Sanchez retrouvé capable de tout faire, surtout le meilleur, et là vous pouvez avoir une attaque violente. Un Sanchez-Lukaku-Rashford, au top, efficace, endurant et complémentaire peut faire frémir n’importe quel adversaire autrement plus que le trio titulaire actuel Martial-Rashford-Lingard.

C’est ce potentiel qui est inquiétant. Le moral a été forgé. Le succès est en train d’être reconquis. Le vestiaire montre de la joie. Les choix tactiques de Solskjær sont pour l’instant payants. Et la confiance suinte d’Old Trafford.

Pour gagner les gros matchs, il faut des grands joueurs. Le problème de Manchester n’est pas de ne pas en avoir, c’est qu’ils soient, pour certains, en hibernation. Le réveil peut dans ce cas être terrible. Alors le barcelonais prie pour que l’hiver dure plus longtemps.

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2 comments on “Des hommes et des diables

  1. Tout à fait. Ils peuvent être diaboliques, ont tout pour, mais face à un Barça à domicile et un Messi au top, être diabolique peut ne pas être suffisant. Après, manifestement, impossible n’est pas mancunien cette année, donc pourquoi pas!

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  2. Ping : L’abécédaire de la saison 2018-2019 de Premier League – Penaltoche

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