Culture foot

A Leipzig, Red Bull n’a pas encore le monopole du foot

Depuis sa prise de contrôle en 2009 sur le SSV Markranstädt, petit club de la banlieue de Leipzig, Red Bull a petit à petit replacé cette ville historique d’Allemagne de l’Est sur la carte du football européen.

Depuis sa prise de contrôle en 2009 sur le SSV Markranstädt, petit club de la banlieue de Leipzig, Red Bull a petit à petit replacé cette ville historique d’Allemagne de l’Est sur la carte du football européen. En partie pour le meilleur, avec des résultats sportifs prometteurs et l’éclosion de jeunes talents. Mais également pour le pire. Dans un sport aussi populaire que le football, le rachat d’un club par une marque ne peut faire l’unanimité. La tradition du football à Leipzig est bien antérieure au nid artificiel de la marque qui donne des ailes. Loin du modèle économique de Red Bull, le football d’en bas continue de se faire entendre à Leipzig. Là aussi pour le meilleur et pour le pire, c’est le moins que l’on puisse dire…

Côté économique et sportif, le taureau se porte bien, merci pour lui

Sur le plan sportif, la success story du RB Leipzig a de quoi faire des envieux. Passer de la cinquième division à la plus belle des compétitions européennes en 8 ans (entre 2009 et 2017), ce n’est pas donné à tous les clubs. D’autant plus lorsque les investissements réalisés sont loin d’être à la hauteur des pétrodollars qataris et emiratis. En 9 ans, c’est environ 200 millions d’euros (seulement !) qui ont été dépensés par la firme aux deux taureaux. A titre de comparaison, c’est un montant similaire à celui que Frank McCourt a prévu d’investir à l’Olympique de Marseille… sur 3 ans !

La recette est bien huilée, avec des ambitions élevées, mais pas démesurées. L’objectif : faire du RB Leipzig un candidat régulier pour une place en Ligue des Champions. Concurrencer le Bayern ? Ce n’est pas d’actualité, et ce n’est pas près de l’être. La recette du succès, c’est le péril jeune, avec une floppée de joueurs peut être inexpérimentés mais ô combien talentueux. Emmenés par Timo Werner, Nabi Keita, Yusuf Poulsen et autre Emil Forsberg, la mayonnaise prend très bien. Pour sa première saison dans l’élite, Leipzig se retrouve d’emblée dauphin du Bayern.

Le modèle du club est en partie fondé sur l’achat de jeunes joueurs en « post-formation » afin de réaliser une grosse plus-value quelques saisons plus tard. Red Bull ne pousse cependant pas ce modèle à son paroxysme, comme peut le faire l’AS Monaco avec les déboires que l’on connaît cette saison. L’exemple de Naby Keita est parlant. Acheté pour près de 30 millions d’euros à Salzburg à l’été 2016 (tiens, tiens), il est la recrue la plus chère de l’histoire du RB Leipzig. Il sera revendu à peine 2 ans plus tard pour plus du double à Liverpool.

Le revers de la médaille, l’arrière-goût commercial du succès qui passe mal

S’il est un domaine dans lequel Leipzig n’est pas près d’exceller, c’est bien celui de la popularité. Le club n’a aucune base historique. En effet, quand Red Bull a voulu s’emparer d’un club de football à Leipzig, il a d’abord essuyé les refus des 2 clubs historiques de la ville : le Chemie et le Lokomotive. Pour accomplir son dessein, le groupe se tourne alors vers un petit club de la banlieue de Leipzig, le SSV Markenstädt. Et comme un club qui aspire à devenir professionnel doit compter au moins 4 équipes de jeunes, ce qui n’est pas le cas de Markenstädt, Red Bull décide d’acquérir les équipes de juniors d’un autre club amateur de Leipzig, le FC Sachsen Leipzig.

D’emblée ce club monté de toutes pièces est considéré comme sans âme par les supporters de tous les autres clubs. D’autant plus que le stratagème utilisé par Red Bull pour prendre possession du club fait débat. En Allemagne, une société ne peut posséder plus de 50% des parts d’un club. Pour contourner ce règlement, le SSV Markenstädt est acheté par une association dont les 9 administrateurs sont également membres de la direction de Red Bull. La salade n’est pas bien fraîche.

A peine le club racheté, l’empire de Dietrich Mateschitz fait table rase du passé. Changement de nom, le club est renommé RasenBallsport (en français sport de balle sur pelouse) Leipzig. La législation allemande ne permettant pas d’avoir le nom d’une entreprise dans son nom, Rd Bull trouve encore une fois le moyen de contourner le règlement pour que le club ait ses initiales, RB. Changement de logo ensuite, le taureau ailé devient l’emblème du club, puis changement de couleur, le rouge et blanc de Red Bull deviennent les couleurs officielles du club. Changement de stade enfin, puisque Red Bull rachète le ZentralStadion de Leipzig et le rebaptise Red Bull Arena.

Toutes ces « manigances » de la boisson qui donne des ailes font du RB Leipzig le « club le plus détesté d’Allemagne ». Les supporters adverses entendent bien faire payer au club panneau publicitaire le fait de ne pas être passé par des années de galère avant de réussir. Le déplacement à Dortmund en janvier 2017 reflète bien l’état d’esprit qui anime les supporters de BuLi. Le parcage des supporters de Leipzig et leurs bus sont lourdement caillaissés. Ce ne sont d’ailleurs pas les joueurs qui sont visés, mais bien les supporters. On leur reproche leur arrivisme et on ne comprend pas qu’ils puissent supporter une telle parodie de club.

Le foot historique peine à continuer d’exister à Leipzig

Comme évoqué un peu plus haut, 2 clubs historiques cohabitent à Leipzig : le BSG Chemie et le Lokomotive Leipzig. D’un côté le Lokomotive, historiquement lié à l’extrême droite. De l’autre, le Chemie qui se revendique antifasciste. Autant dire que ces deux-là se livrent une guerre perpétuelle en division régionale (Regionalliga en allemand), l’équivalent de la cinquième division. Une seule chose est susceptible de réunir les fans des 2 clubs, la haine du RB Leipzig. Ils ont d’ailleurs déjà mené des actions communes pour signifier le dégoût que leur inspire le foot business de la firme autrichienne.

Cependant, ces actions ne sont pas monnaie courante et la plupart du temps les supporters préfèrent s’affronter entre eux. Chacun est doté d’une base d’aficionados, certes peu nombreuse mais très fidèle. Environ 5 000 fidèles des 2 clubs se massent dans les petits stades vétustes lors des matchs à domicile. Les fans du BSG Chemie sont viscéralement attachés à leur Alfred-Kunde-Sportpark. Ceux du Lokomotive ne jurent que par le Bruno Plache Stadion, qui contient encore pour l’anecdote une tribune en bois.


Il vient de Geoffroy Guichard ce tifo ?

Entre les ultras des 2 clubs, les affrontements sont permanents. Même lorsque les 2 équipes ne s’affrontent pas, des banderoles et des chants insultants émanent des tribunes. Côté fans du Lokomotive, les slogans sont souvent en soutien au NSU (Nationalsozialistischer Untergrund), le parti national-socialiste souterrain, ou antisémites. Quant aux fans du Chemie, ils insultent et tournent en dérision les fans d’extrême droite. Des actions militantes sont également menées, comme lorsque les fans du Lokomotive se sont introduits dans le stade du Chemie pour y dessiner des croix gammées sur la pelouse.

La tension est telle entre les supporters qu’il est déjà arrivé que les confrontations entre les deux clubs soient simplement annulées. Ce fut le cas notamment en 2013, à la demande des 2 présidents, craignant des affrontements extrêmement violents à l’intérieur. Alors que la rencontre était programmée le dimanche, les « festivités » entre les ultras avaient débuté dès la semaine précédente. Dès lors, les risques de débordement étaient devenus des certitudes et la prudence imposait que le match soit reporté. Excédé par cette situation, Lutz Mende, responsable de la sécurité des matchs de football dans la Saxe, avait alors déclaré : « Il ne s’agit plus de football, mais d’une lutte de classe politique sur le dos des clubs ».

Pas facile d’être passionné de foot à Leipzig. Entre un club sans histoire et des clubs historiques aux supporters infréquentables, le choix est cornélien. La majorité se tourne vers le RB Leipzig, attirée par la Bundesliga et la qualité de jeu des hommes de Ralf Rangnick. La Red Bull Arena fait le plein tous les week-ends. Comment blâmer les Lipsiens de vouloir voir du beau football ? Faute d’alternative crédible, Red Bull assoit petit à petit sa crédibilité dans le paysage footballistique allemand.

À propos Robin

Le football, c'est comme un iceberg, si on ne le regarde qu'à travers le prisme des résultats, on n'en voit que les 15% émergés, et on en rate l'essentiel: le jeu, les histoires, la dramaturgie, la construction d'une victoire, les rapports de force qui se défont au cours d'un match. Bref, tout ce qui fait que le football n'est pas une passion mais bien plus que cela!

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